mardi 30 juin 2009

"Détour mortel : sur le motif de la déviation dans le film d’horreur américain moderne" par Florent Christol

"Détour mortel : sur le motif de la déviation
dans le film d’horreur américain moderne"


par Florent Christol



Les premiers plans de A Nightmare on Elm Street 2 : Freddy’s Revenge (Sholder, 1985) brossent le tableau idyllique d’une petite ville américaine qu’on croirait tout droit sortie de l’œuvre de Norman Rockwell. Des rangées d’arbres symétriques bordent des routes rectilignes, la conformité domine, l’ordre règne. Jessie (Mark Patton) monte dans un bus qui doit le mener au lycée et rien, sinon l’appartenance du film au registre du cinéma d’horreur, ne laisse présager que cette mécanique bien huilée va bientôt s’enrayer. Pourtant, rapidement, des signes viennent perturber le quotidien : la vitesse du bus augmente sans raison, la chaleur monte, et le chauffeur revêt progressivement les traits bien connus du croquemitaine d’Elm Street. Arrivé au bout de l’avenue, Freddy précipite le bus en dehors de sa route habituelle, vers un paysage désertique qui convoque l’imaginaire cinéphilique du spectateur en renvoyant à l’aride wilderness des westerns. Le véhicule poursuit un moment la traversée du désert, puis s’engouffre dans une faille gigantesque pour venir chuter sur un rocher surmontant un lac en fusion. Jessie hurle. Cut. Il se réveille enfin, en sueur, dans sa chambre. Tout cela n’était au fond qu’un vilain cauchemar. Or was it ?

Privée de son contexte horrifique, cette scène pourrait constituer une illustration limpide des thèses socio-économiques de Frederick Jackson Turner sur la Frontière américaine. Turner envisage l’espace vierge de la wilderness comme une soupape de sûreté où les forces capitalistes de la métropole viennent se dépenser et régénérer l’économie américaine. La métaphore de la soupape de sûreté (safety valve) rappelle, dans un tout autre contexte, la théorie carnavalesque élaborée par Mikhaïl Bakhtine dans son ouvrage sur Rabelais. Selon Bakhtine, les moments de carnaval au Moyen-Age et pendant la Renaissance permettaient de libérer la pression sociale en fournissant un espace-temps propice à la dépense (sexuelle, corporelle) et aux excès en tous genres. Chacun à leur manière, les deux auteurs insistent sur l’absolue nécessité sociale d’un espace de dépense et de régénérescence. Mais à la différence de la wilderness américaine, soupape de sûreté limitée dans l’espace, le carnaval prôné par Bakhtine n’était limité que dans le temps[1]. Dès lors, une ombre plane sur le texte de Turner : que se passera-t-il quand, une fois les dernières terres vierges exploitées, la wilderness disparaîtra ? A cette question, l’auteur ne répond pas, si ce n’est en lançant dans un style prophétique des mots qui viennent éclairer significativement la scène du film en question : “He would be a rash prophet who would assert that the expansive character of American life has now entirely ceased. Movement has always been its dominant fact, and, unless this training has no effect upon a people, the American energy will continually demand a wider field for its exercise”[2]. Le bus de Freddy’s Revenge quittant la métropole pour dépenser dans la wilderness une énergie soudain excessive accomplirait alors, un siècle après son écriture, la prophétie de Turner. Mais cet accomplissement prend un tour catastrophique : loin d’être un espace de régénérescence, la wilderness de ce film d’horreur est un espace-tombeau. En outre, le basculement apocalyptique de la civilisation dans la barbarie, loin d’être une pathologie insignifiante, fait corps avec une certaine tradition eschatologique inscrite dans la mythologie étasunienne. Bien au chaud dans son lit, Jessie fantasme le cauchemar de l’Amérique, le retour à la wilderness qui, loin d’avoir été liquidée par l’implantation de la civilisation, résiderait encore aux marges des espaces dits « civilisés ».


Le wrong turn movie


Cette scène nous intéresse car elle réactive au milieu des années 1980 un des motifs clés du film d’horreur américain des années 1960-70, celui du détour, de la déviation, ou de la bifurcation, inauguré dans Psycho (1960). Le trajet mortifère de Janet Leigh, qui la mène au Motel Bates via une autoroute qui bifurque, constitue en effet la fiction programmatique de nombre de films d’horreur à venir (voir corpus[3]). De Psycho à Tourist Trap, en passant par The Texas Chainsaw Massacre et The Hills Have Eyes, on ne compte plus les fictions mettant en scène des personnages déviant de leur route pour s’embarquer sur un mauvais chemin qui les mène directement au cœur de l’Amérique profonde (l’état du Texas ou les plaines désertiques sorties de la mythologie de l’Ouest). Version catastrophique du road-movie, ce sous-genre substitue au “Keep watching the skies !” de la science-fiction paranoïaque des années cinquante, un “Don’t leave the road !” (The Hills Have Eyes) autrement plus angoissant car plus banal (aux USA, tout le monde prend la route). Au bout du trajet, la même destination : un espace abject, grotesque, « monstrueux », apocalyptique, où trônent la mort et la folie (à la fin de Texas Chainsaw Massacre, Marilyn Burns parvient à reprendre la route, mais sous le signe du délabrement physique et mental). C’est le motel Bates avec ses animaux empaillés et sa douche sacrificielle, et c’est son épigone néo-gothique, la bâtisse puritaine de The Haunting, topos de la déviance par excellence (un personnage y fait remarquer qu’aucun angle n’y est droit). C’est la ville-fantôme de 2000 Maniacs qui surgit comme dans Brigadoon pour accueillir les touristes ayant dévié de leur chemin, et ce sont les collines désertiques dans lesquelles se terre la tribu cannibale de The Hills Have Eyes. C’est la colonie de vacances maudite sur laquelle reviennent les moniteurs de Friday the 13th des années après qu’un drame horrible ait eu lieu. C’est, enfin, le marais dans lequel attend le Crocodile de la mort (titre français de Death Trap), le musée d’automates de Tourist Trap, et le parc d’attraction mortifère de The Funhouse, espaces insulaires catastrophiques se situant à la périphérie des villes.

Le motif du détour et le recours à une topographie dysphorique n’est pourtant pas l’apanage du film d’horreur moderne[4]. En 1932, Ernest B. Schoedsack réalise The Most Dangerous Game, qui dépeint un espace insulaire comme un gigantesque terrain de chasse où le gibier est humain. Dans une veine parodique, The Old Dark House de James Whale, avec sa maison gothique et sa famille d’excentriques, s’inscrit la même année comme le modèle générique d’un sous-genre qui ne se développera que trente ans plus tard. Tous les ingrédients de ce que nous avons convenu d’appeler le wrong turn movie [5] sont déjà présents (détour forcé des protagonistes, arrivée dans un lieu ex-centré, etc.), à une différence près : la frontière entre la marge (antre du monstre) et la norme (espace du protagoniste) -qui sera brouillée dans les années soixante- est ici maintenue, la famille « normale » parvenant à quitter les lieux sans avoir été contaminée par la folie ambiante, ce qui installe le film dans une mouvance générique résolument classique. Mais The Old Dark House est l’exception qui confirme la règle : dans le film d’horreur classique, c’est le monstre qui fait détour. Figure déviante par excellence[6], le monstre vient du hors-champ pour repartir en fin de parcours dans le hors-champ. C’est, paradigmatique, le trajet qui mène le Dracula de Tod Browning (1931) de Transylvanie à Londres pour, au final, retourner en Transylvanie et y être détruit. Le champ dans le film d’horreur classique est centrifuge au regard des figures déviantes : il ne les tolère que pour mieux les rejeter dans la périphérie.

En 1960, cette mécanique d’expulsion s’est résolument encrassée : le monstre, qui a quitté son château gothique, a adopté des traits humains et s’est terré au cœur de l’Amérique, dans un espace monstrueux centripète, tel Norman Bates, monstrueuse araignée humaine tissant une toile dans laquelle les touristes égarés tombent comme des mouches. Cette répartition géographique binaire (une route sur laquelle sont engagés les protagonistes, et le territoire du monstre dans la marge), ordonne une diégèse clivée, racontant toujours le basculement d’un film (le road movie et son espace horizontal) dans un autre (le film d’horreur, espace de la verticalité et de la profondeur, topos exemplifié par les montagne de Hills Have Eyes et la cave de Psycho). La frontière entre les deux espaces, étanche dans The Old Dark House, est devenue poreuse, les puissances grotesques risquant à chaque instant de déborder leur cadre pour contaminer l’espace diégétique dans son intégralité. On retrouve ce schème de la contagion dans la dernière séquence de Friday the 13th où Alice (Adrienne King) dérive dans une barque, sur un lac entouré par une immense forêt. Ce paysage idyllique rappelant l’un des pôles mythiques de l’Amérique (la pastorale) se trouve parfaitement réfléchi dans l’eau du lac symboliquement nommé Crystal Lake. Pourtant le rêve cède rapidement la place au cauchemar lorsque Jason Voorhees, envers difforme et pourri de l’Amérique WASP, surgit des profondeurs aquatiques pour entraîner Alice de l’autre côté du miroir/cristal, au fond du lac, irruption programmée à la fin de Deliverance[7]. La traversée du miroir ne mène pas Alice au « pays des merveilles » mais au cœur d’un réel monstrueux, dans le cauchemar de l’Amérique, celui-là même que fantasmera Jessie quelques années plus tard dans Freddy’s Revenge.

Comment rendre compte de la cristallisation de ce motif du détour dans le film d’horreur américain des années soixante ? Le wrong turn movie semble surgir, monstrueux, tel un accident dans l’horizon d’un cinéma encore largement voué à la perpétuation de motifs gothiques (Roger Corman débute son cycle d’adaptations de Poe en 1960). Si cette résurgence semble difficile à décrypter, c’est peut-être parce que les personnages des films eux-mêmes insistent sur la difficulté à donner un sens aux événements « monstrueux » qui s’y déroulent. « Il y a des fois où vous n’arriverez pas à croire que tout ceci est vrai », dit Pam dans The Texas Chainsaw Massacre. Cela est monstrueux car cela n’aurait pas dû arriver. Après tout, l’histoire ne dit pas ce qui se serait passé si les personnages n’avaient pas dévié de leur chemin… Clément Rosset a mis le doigt sur ce type d’aveuglement :

L’erreur humaine est de vouloir toujours s’amenuiser la tragédie du réel […] en reléguant dans un insupportable accidentel les plus cruels de ses déboires, au lieu de les ramener à la tragédie immanente de la réalité […] le secret de ce refus de la tragédie réside dans l’espoir inconscient de nier le fondement tragique de toute chose en s’exagérant sa propre tragédie, c’est-à-dire en s’obstinant à la considérer comme accidentelle et absurde sur un fond d’ordre et de raison.[8]

En se rappelant ces mots, nous aimerions dans cet essai montrer que les modalités explicitement catastrophiques du « film d’horreur du détour » ont pour conséquence de masquer son inévitabilité, c’est-à-dire ses modalités tragiques. En effet, le mauvais chemin du wrong turn movie, s’il prend pour les malheureux voyageurs qui s’y trouvent embarqués une allure accidentelle, revêt pour ceux qui l’observent de loin l’allure d’une destination fatale et programmée. Un chemin tracé dans le sillon du puritanisme qui, en envahissant l’imaginaire américain, va semer les germes du cinéma d’horreur en général et du wrong turn movie en particulier.


Du Wild West Show au Freak Show: spectacles forains et marginalité


En partant pour l’Amérique, les Puritains ont à cœur de rompre avec l’Europe et une culture religieuse jugée décadente, contaminée par des résidus de rituels païens grossièrement incorporés aux fêtes catholiques puis anglicanes[9]. Entre autres choses, ils récusent le carnaval, son esthétique excessive (le « réalisme grotesque » qui célèbre la marginalité, d’où l’importance de la figure du monstre[10]) et ses débordements anarchiques[11]. Mais cette rupture théorique vient butter sur une réalité irréductible : une fois arrivés sur le sol américain, les Puritains sont confrontés à un territoire aux proportions monstrueuses et à l’aspect grotesque (la wilderness), habité par des êtres aux pratiques excessives et aux rituels païens (les Indiens, s’il est possible de rendre compte par ce terme de réalités complexes et disparates). D’emblée, l’Amérique est à leurs yeux un territoire absolument carnavalesque, comme contaminé par la fête européenne dégénérescente.

Parce qu’on ne se définit jamais mieux que dans le rapport à l’Autre, l’Indien devient rapidement dans l’imaginaire puritain une figure monstrueuse se détachant sur fond de cannibalisme et de sacrifices barbares.[12] Sur un plan symbolique vont alors s’opposer deux forces antithétiques : d’une part une énergie hyperbolique et excessive (l’Amérique archaïque et « sacrée » des Indiens), d’autre part une énergie « profane » visant à tempérer et à éradiquer cette première force (le puritanisme et, de manière plus générale, le colonialisme)[13]. C’est le début d’une longue dynamique d’épuration, auto-justifiée par la notion de « destinée manifeste », les Puritains refoulant dans la marge (la mort) tout ce qui sort de la norme. Mais les Indiens, figures ex-centriques qu’il fallait expurger du champ historique, ne disparaissent pas totalement du paysage américain car leur image est aussitôt ressuscitée dans le Wild West Show de Buffalo Bill, spectacle forain récupérant la mythologie du Far West au moment où celui-ci disparaît. Traditionnellement, un spectacle de Wild West Show gravitait autour d’une reconstitution d’une célèbre bataille de l’Histoire américaine. Fait notable, le Wild West Show fait appel à de véritables Indiens, comme pour mieux leur faire rejouer leur défaite, transformant une énergie potentiellement dangereuse et transgressive en spectacle inoffensif. Car dans le Wild West Show, l’Histoire fait perpétuellement retour, et l’énergie jadis dépensée dans la wilderness tourne à vide. En d’autres termes, le temps bégaie, pris dans une dynamique de répétition à la logique éminemment conservatrice (en faisant de l’Histoire une foire, on la met définitivement hors d’état de nuire).

Un autre spectacle célébrant la marginalité devait croiser le chemin du Wild West Show à de nombreuses reprises, le freak show, spectacle d’exhibition de « difformités de la nature » qui inspira le fameux Freaks (1932) de Tod Browning. Les deux spectacles attiraient le même type de public et il n’était pas rare que des freaks soient exhibés dans le Wild West Show[14] et que, à l’inverse, des Indiens soient exhibés dans les freak shows, amalgame des plus significatifs qui institue la foire comme lieu d’altérité et de marginalité (la foire elle-même, à l’opposé du carnaval européen qui survenait de manière temporelle pour régénérer la société, est un phénomène marginal, une survivance archaïque du carnaval qui prolifère dans l’ombre, à la périphérie des villes). Dans son étude sur la Frontière américaine, Richard Slotkin signale que le 4 Juillet 1876, lors de l’exposition du centenaire à Philadelphie, les spectateurs pouvaient se rendre à une foire exposant « des enfants sauvages de Bornéo, un cheval à cinq jambes, et des figures de cire représentant de célèbres chefs indiens » [15] .

Le lien analogique et historique entre le Wild West Show et le freak show est illustré par Murders in the Rue Morgue de Robert Florey (1932). Au début du film, les protagonistes se rendent à une fête foraine où ils assistent à un spectacle de Wild West Show (des Indiens dansent et chantent autour d’une victime attachée à un poteau, sur le point d’être sacrifiée) puis se rendent à un freak show tenu par Bela Lugosi. La passerelle entre les deux spectacles révèle le projet idéologique liant le western au film d’horreur, deux genres offrant un espace narratif où s’effectue le sacrifice rituel du bouc émissaire (l’Indien dans le western, le monstre dans le film d’horreur), c’est-à-dire, symboliquement, la dépense de cette énergie foraine rejetée dans la marge et qu’il faut bien brûler, comme le pantin à la fin du carnaval, pour ne pas laisser de trace (le monstre de Frankenstein meurt ainsi comme sur un bûcher à la fin du film de 1931). Car, on le sait depuis Freud, tout ce qui est refoulé fait inévitablement retour[16]. « Le monstre, comme tout ce dont je me débarasse par précaution d’identité, me revient, écrit Charles Grivel : mes déchets me dénoncent […]. Je recommence sans fin la fiction de mon épuration ».[17]


Le film d’horreur hollywoodien comme soupape de sûreté


Après avoir donné la parole aux monstres et aux marginaux (voir les films de Tod Browning qui se déroulent souvent dans une foire), le film d’horreur va progressivement s’affranchir de ses origines foraines pour s’ouvrir aux propensions normalisantes du classicisme hollywoodien. C’est le début, dès 1931, des films fantastiques produits par la Universal, qui sont souvent des adaptations de classiques de la littérature fantastico-gothique. Mais en s’extrayant de son milieu carnavalesque pour rejoindre le monde temporellement et spatialement lointain des contrées gothiques, le monstre intègre les pouvoirs subversifs du carnaval. Le monstre fantastique du cinéma d’horreur classique est une figure transgressive (il brouille les catégories) et grotesque venant du hors-champ ruiner le monde (le champ) pour, finalement, retourner dans le hors-champ à la fin du récit, réaffirmant ainsi l’étanchéité de la frontière entre marge et norme, ainsi que l’appartenance des protagonistes et des spectateurs à la norme[18].

Dans cette perspective, la fonction sociale du film d’horreur serait de canaliser une énergie refoulée (celle –historique- de l’Indien, et plus généralement de l’Autre), symbolisée/métaphorisée par la figure du monstre, et de faire dévier cette énergie vers la marge, dynamique spatiale renvoyant à la dialectique du pur et de l’impur observée par Roger Caillois. « Une séparation vigilante des principes du pur et de l’impur, écrit Caillois, implique pour eux une localisation distincte au sein de la société. De fait, le centre paraît la résidence claire et réconfortante du premier, la périphérie l’empire obscur et inquiétant de l’autre »[19]. C’est dans ce projet que se précise la complémentarité que nous percevons entre le western et le cinéma d’horreur dans le système hollywoodien. Le western, de par son ancrage historique, reflète inévitablement l’évolution des mentalités américaines quant à la question du génocide indien et entame, lentement mais sûrement, une réparation des erreurs de l’Histoire (les premiers westerns pro-indiens apparaissent dès les années 1910). En revanche, le film d’horreur n’a aucun engagement vis à vis de l’Histoire (les monstres tels que la momie ou le vampire sont a-temporels) et, plus généralement, vis-à-vis du réel (le loup-garou, la créature du lagon noir, Dracula, et ce jusqu’à preuve du contraire, n’ont jamais existé). Dès lors il peut se permettre d’ignorer plus longtemps que le western les métamorphoses de l’Histoire. En adaptant des classiques de la littérature fantastique, le cinéma d’horreur hollywoodien en profite pour rejouer la fiction d’épuration des origines, le rejet du phénomène excentrique étant alors pris en charge et cautionné par la fiction littéraire (le trajet marginal de monstre est inscrit dans le texte de départ). Si l’Amérique, en liquidant la wilderness, s’est privée d’un exutoire, elle a reconstitué un hors-champ de substitution, celui du cinéma d’horreur, véritable soupape de sûreté et espace de liquidation de l’abject. Mais le hors-champ pouvait-il indéfiniment accueillir les figures marginales rejetées par le champ ? L’Histoire allait se charger d’apporter une réponse –catastrophique- à cette question.


Apocalypse Now : le retour de la wilderness



La logique dialectique (absorption du monstre dans le champ/abjection dans le hors champ) qui prévaut dans le classicisme du film d’horreur, si on lui connaît de nombreuses exceptions (qui confirment la règle) et subversions internes depuis ses origines, se trouve profondément ébranlée dans les années soixante. A l’évidence, le hors-champ qui permettait jusque là de se débarrasser de la figure abjecte ne fonctionne plus. C’est d’ailleurs bien cette difficulté à éliminer le monstre, ce dysfonctionnement du système d’assainissement interne à la dynamique du genre, qui va constituer l’une des principales caractéristiques du film d’horreur moderne, qualifié par Jean-Baptiste Thoret de « cinéma de l’asphyxie » :


A compter de 1968, le hors-champ ne sera plus ce lieu invisible où le champ réglait ses problèmes de digestion (d’une façon ou d’une autre, ce dernier parvenait toujours à expurger sa part maudite : le loup-garou, la créature du lac noir, le mutant ou le zombie quittaient in fine le cadre), mais un espace poubelle, dépotoir saturé de déchets toxiques impossibles à contenir […] Le refoulé ne se contenta plus de faire un petit retour et de s’en aller […] mais choisit de rester dans le cadre. Logique de raréfaction contre logique de l’accumulation, logique d’échange contre logique de pourrissement, le hors-champ exigea un droit de visite[20].


Bien qu’il soit toujours délicat de postuler une relation de cause à effet directe entre la réalité et ses représentations (l’art, pour faire court), un événement a eu de toute évidence une influence indéniable sur le fonctionnement du hors-champ dans le film d’horreur moderne : l’affaire Ed Gein, survenue au milieu des années cinquante. Fermier du Wisconsin, Ed Gein avait déterré plusieurs cadavres (dont celui de sa mère) du cimetière local et les avait ramenés chez lui, prélevant certains organes pour en faire des objets (meubles, ustensiles de cuisine, tablier, masque), et en dévorant d’autres. Cette histoire a inspiré à Robert Bloch son roman Psycho, adapté par Hitchcock en 1960 (et qui, on l’a vu, constitue le premier d’une lignée de wrong turn movies). Si cette affaire dérange profondément, ce n’est pas, comme on a pu souvent l’entendre, parce qu’elle cristallise une fascination morbide pour la mort mais, bien au contraire, parce qu’elle illustre un refus affirmé de la mort et de la pourriture. En faisant sortir le cadavre de sa tombe, en le réinstallant dans l’espace qu’il occupait vivant, Gein empêche le corps de pourrir, de disparaître. La maison Gein est un charnier encombré de déchets qu’on se refuse à évacuer. Chez lui, l’abject n’est pas rejeté, niant de ce fait le principe d’intégrité qu’est censé cautionner son expulsion : « …le déchet comme le cadavre, écrit Julia Kristeva, m’indiquent ce que j’écarte en permanence pour vivre. Ces humeurs, cette souillure, cette merde sont ce que la vie supporte à peine et avec peine de la mort. J’y suis aux limites de ma condition de vivant. De ces limites se dégagent mon corps comme vivant. Ces déchets chutent pour que je vive »[21]. En ne ménageant pas d’espace pour l’évacuation du cadavre, en se privant de hors-champ dans lequel expulser le déchet, la maison Gein finit par crouler et pourrir sous le poids de la mort qui y a élu domicile.

Sur un plan social, ce fait divers vient rappeler l’absolue nécessité du carnaval qui permet de faire l’expérience de l’abject (de la mort, de la pourriture, et de façon générale, du schème excrémentiel) et de l’éliminer.[22] Symptomatiquement, pour Bakhtine, la dégénérescence de la fête et de son système esthétique (le réalisme grotesque) entraîne nécessairement un surplus qu’on ne peut éliminer :


Dans les hauteurs du réalisme grotesque et folklorique comme dans la mort des organismes unicellulaires, il ne reste jamais de cadavre (la mort de l’organisme unicellulaire coïncide avec sa multiplication, c’est-à-dire la division en deux cellules, deux organismes, sans nul « déchet »), la vieillesse est enceinte, la mort est grosse, tout ce qui est limité, caractéristique, figé, prêt, est précipité dans le « bas » corporel pour y être refondu et subir une nouvelle naissance. Mais, pendant la dégénérescence et la désagrégation du réalisme grotesque, son pôle positif disparaît, c’est-à-dire le jeune maillon du devenir […] il ne reste qu’un cadavre pur[23]



Ce « cadavre pur » qui vient saturer l’espace de la maison Gein est le modèle réel de celui, fictionnel, qui refuse de quitter le champ du film d’horreur post-Psycho. La ferme d’Ed Gein est quant à elle le modèle matriciel des topoï cannibales qui engloutissent les protagonistes du wrong turn movie. Mais l’affaire Gein n’est que la première d’une longue série de crises sociales qui viennent ébranler les fondations de l’Amérique dans les années 1960-70. Les assassinats politiques, la guerre du Vietnam et les crises pétrolières viennent brouiller la frontière entre barbarie et civilisation. Ainsi, les soldats envoyés sur le front vietnamien effectuent dans le même temps comme une régression temporelle les ramenant dans un espace archaïque et barbare où la limite entre le bien et le mal vacille (c’est le moment où l’Amérique perd son innocence et entre dans l’ère de la culpabilité). Ces événements ouvrent une brèche dans laquelle va s’engouffrer le souvenir, jamais oublié, de la wilderness sauvage hantée par le spectre des Indiens[24]. Cette contamination du réel par le mythe provoque la perte des repères : que l’on se trouve à la lisière du Vietnam ou chez soi, au cœur de l’Amérique (Gein habitait une petite ville sans histoire…), le paganisme barbare et son lot d’images archaïques (sacrifice, cannibalisme), semble alors à quelques encablures et menace de renverser la mythologie conquérante sur laquelle s’est érigée l’Amérique puritaine.


Le film d’horreur du détour est peut-être, de toutes les formes cinématographiques de la modernité, l’expression la plus forte de cette angoisse topologique : dans le wrong turn movie, s’éloigner un tant soi peu de la métropole, c’est prendre le risque d’arriver, non dans la ferme d’Ed Gein le cannibale ou dans les fondrières du Vietnam, mais bien dans leurs corollaires fictionnels, au sein de cette wilderness où le temps fait retour comme dans la Foire des ténèbres de Ray Bradbury. Sortir des sentiers battus, quitter l’horizon fuyant du road movie, c’est plonger dans un espace vertical mortifère. Saturne est « en rétrograde » nous apprend l’horoscope de Pam dans Texas Chainsaw Massacre. Aux marges de la civilisation réside le chaos : « Ce monde de lumière, de joie paisible, de vie facile et heureuse est en même temps un monde de ténèbres et d’horreur. Le temps de Saturne est celui des sacrifices humains et Cronos dévorait ses enfants »[25]. Comment tenir face à une énergie titanesque ? Dans le wrong turn movie, l’apocalypse est en marche, et l’Amérique en perte de vitesse.


Saturne en rétrograde


L’épuisement énergétique motive la première moitié du wrong turn movie, qu’il s’agisse de l’épuisement de carburant (les protagonistes de Texas Chainsaw Massacre, Tourist Trap, et The Hills Have Eyes s’arrêtent tous dans une station service pour faire le plein d’essence), ou encore de l’épuisement corporel de Janet Leigh dans Psycho qui s’arrête au motel pour manger et dormir, en un mot, pour « recharger ses batteries ».

Si l’énergie fait défaut aux protagonistes, elle est en excès chez leurs antagonistes et pour cause, c’est souvent eux qui vident l’énergie des premiers, comme dans The Hills Have Eyes où Michael Berryman aspire l’essence de la voiture conduisant la caravane de la famille Carter afin d’éviter que cette dernière ne reprenne la route. Ces monstres sont d’ailleurs souvent les propriétaires des stations d’essence chez qui viennent se ressourcer les protagonistes. The Texas Chainsaw Massacre est sans doute le film qui illustre le mieux ce conflit, comme l’a montré Jean-Baptiste Thoret pour qui, « …l’énergie est la question centrale du film, c’est elle qu’il faut brûler, consumer, convertir, au risque que le monde implose »[26]. Le film de Hooper multiplie les plans suggérant un surplus d’énergie :

Juste après le meurtre de l’une des jeunes filles, que Leatherface a suspendue à un crochet de boucher, un plan nous montre une éolienne en train de tourner. […] Lorsque Franklin, le frère paralytique de l’héroïne, est agressé par Leatherface, il tient une lampe torche à la main. […] A sa mort, succède un plan de la lampe encore allumée, signe d’un trop-plein d’énergie à brûler. Enfin, dans la dernière partie du film, la plupart des plans détaillant les tortures de Sally incorporent dans le cadre des lampes, des bougies, des ampoules ou des lampadaires constitués de débris humains.[27]

La tronçonneuse éponyme est le symbole limpide d’une énergie inépuisable, arme quasi fantastique (elle fonctionne sans arrêt, pourtant on ne voit jamais Leatherface remettre de l’essence), redoutable lorsqu’elle surgit en face d’une énergie humaine périssable. Où la tronçonneuse puise-t-elle ses ressources ? Et, de façon plus générale, comment rendre compte de l’énergie en surplus saturant les topoï excentriques du wrong turn movie ? A cette question il semble possible d’apporter deux types de réponses. A la réflexion, nous verrons qu’elles forment les deux facettes d’une même réalité. La première réponse est d’ordre pragmatique, et correspond grosso modo à l’analyse de type freudo-marxiste proposée par Robin Wood. Si les motels de Psycho et de Death Trap se retrouvent dans la marge et si plus personne ne s’y arrête, c’est parce qu’une nouvelle autoroute a été construite, qui lie directement les grandes métropoles entre elles. Pour cette raison, l’accès au motel Bates n’est presque plus signalé. Dans Texas Chainsaw Massacre, les bouchers se retrouvent au chômage parce que les abattoirs ont été automatisés. Norman Bates, Leatherface, et Judd (l’hôtelier de Death Trap, lui aussi marginalisé par l’installation d’une nouvelle route), victimes du capitalisme « sauvage », auraient alors un surplus d’énergie à dépenser dû au chômage et à l’inactivité. Mais il semble également possible de fournir une réponse « mythologique » ou « mytho-poétique » à la question posée plus haut. Pour cela, il faut se pencher sur le générique de Texas Chainsaw Massacre, qui enregistre en plans macroscopiques des éruptions solaires. « Le soleil donne sans jamais recevoir, écrit Jean Piel ; alors il y a nécessairement accumulation d’une énergie qui ne peut qu’être gaspillée dans l’exubérance et l’ébullition »[28]. Nouvelle hypothèse : la tronçonneuse de Texas Chainsaw Massacre dépenserait une énergie d’origine cosmique instaurant, par la biais d’un massacre soudain investi de vertus rituelles, un rapport au mythe et au sacré.

La mythologie solaire qui inonde le film de Tobe Hooper vient rappeler que les espaces « monstrueux » du wrong turn movie sont, sur un plan anthropologique, loin d’être anodins. Ainsi le motel, qui figure si explicitement dans Psycho, Death Trap et Motel Hell, est le lieu du sommeil par excellence. « Point énergétique zéro, espace de neutralisation rêvé des capacités physiques, le sommeil constitue le lieu où l’homme fatigué prend congé de l’énergie qui le ronge. Zone frontière où certains refont le plein d’énergie là où d’autres s’en délestent à jamais » [29]. Le motel est donc, en dehors de son aspect profondément utilitaire (il faut payer pour dormir) un lieu festif si la fête est bien l’espace de la régénérescence[30]. Les abattoirs de Texas Chainsaw Massacre entretiennent, de la même façon, un rapport très fort avec le carnavalesque. Bakhtine rappelle en effet la pratique festive de l’abattage du bétail[31]. La foire de The Funhouse est enfin, pour prendre un dernier exemple, un espace carnavalesque par définition.

On comprend alors qu’il est illusoire de vouloir isoler les deux types de lecture notées plus haut. En effet, si les topoï abjects du wrong turn movie sont si exemplairement catastrophiques, c’est parce qu’ils résultent de la rencontre sacrilège entre capitalisme et « sacré ». Rejetés dans la marge comme les Indiens du Wild West Show et les monstres du freak show, coincés dans une bulle hors du temps, ces espaces grotesques ont gardé tous les attributs de leur fonction « sacrée », mais en lieu et place d’une expérience régénératrice on y trouve la mort, l’énergie rituelle qui s’y dépense se dépensant dans le vide. Dans ces espaces chaotiques, le sacré et le profane se confondent absolument, et se court-circuitent mutuellement. Judd, l’hôtelier fou de Death Trap brandit la faux non pour moissonner (acte à la symbolique régénératrice quand il intervient dans le contexte du carnaval), mais pour assassiner. L’abattage des bêtes et l’esthétique du démembrement, motifs régénérateur chez Bakthine et dans la logique du carnaval, sont délétères chez Hooper[32]. Les diverses tortures que subissent Sally et ses compagnons dans Texas Chainsaw Massacre (dépeçage, installation sur des crochets de boucher, cannibalisme) évoquent précisément les sacrifices aztèques décrits par Bataille : « On écorchait le mort : un prêtre aussitôt s’habillait de cette peau sanglante. On jetait des hommes dans une fournaise ; on les tirait de là avec un crochet pour les placer sur le billot encore vivants. On mangeait le plus souvent les chairs que l’immolation consacrait »[33]. La douche, espace de la purification, revêt également dans Psycho une allure sacrificielle.[34]

Il existe pourtant une différence profonde entre les sacrifices archaïques et les meurtres abominables commis dans le wrong turn movie. « Un sacrifice, écrit Eliade, non seulement reproduit exactement le sacrifice initial révélé par un dieu ab origine, au commencement des temps, mais encore il a lieu en ce même moment mythique primordial ; en d’autres termes, tout sacrifice répète le sacrifice initial et coïncide avec lui ».[35] Parce que le capitalisme a fait dévier la route qui menait au Motel Bates et à la ferme de Leatherface, parce que ce qui était au centre se retrouve dans la marge, le patron mythique qui doit venir justifier ces actes « monstrueux » en les replaçant dans un contexte mythique, vient à manquer. Cette non-coïncidence du rite avec son mythe d’origine est illustrée par le masque de Leatherface qu’il porte hors de tout contexte festif. Or, comme l’écrit Jacques Bril,

Le masque ne se conçoit pas sans la fête qu’il contribue d’ailleurs à établir comme tel. Masque et Fête ont partie liée. Il est même fréquent que le faux visage, après la célébration, soit détruit ou brûlé ; en tout cas remisé et soustrait aux regards habituels, communs, vulgaires ; profanes. Porter le masque en dehors d’un temps spécifié serait non seulement incongru, mais encore inconvenant, voire sacrilège[36].

Le problème mytho-poétique posé par le wrong turn movie est, clairement, celui d’un pays dont les mythes sont pris dans la logique rituelle d’un temps cyclique, et qui circulent dès lors en toute autonomie (en toute impunité pourrait-on dire), en marge de la société qui les a cauchemardés. Les espaces abjects dans lesquels pénètrent les protagonistes de ces films sont des lieus hantés par les spectres d’un héritage historique violent (c’est tout le sujet de The Haunting de Robert Wise). « Il arrive, écrit Ernst Bloch, que des images foraines ensanglantées, de vieilles images de fantômes, indignes, et en quelque sorte follement terrifiantes, sachent nous chanter une berceuse de l’au-delà. Pas de motif connu, immanent, suffisant de ces images : elles sont plutôt des souvenirs mythiques, et pourtant trop puissantes pour cela, trop étrangères et surtout trop présentes[37]». Ce qui fait éternellement retour dans les marges déliquescentes du wrong turn movie n’est pas un mythe qui viendrait régénérer la société, mais les images désincarnées de l’Histoire américaine, images terrifiantes qui tournent sur elles-mêmes comme les Indiens-automates dans le musée forain de Tourist Trap.

Dans le film de David Schmoeller, Chuck Connors, surtout connu pour son interprétation du chef indien dans Geronimo (Laven, 1962), est propriétaire d’un musée d’automates au cœur du désert. L’une de ces figures mécanisées représente le Général Custer, dont l’ultime lutte contre les factions indiennes de Sitting Bull lors de la bataille de Little Big Horn (1876) a acquis un statut mythique dans l’Histoire américaine. Cette mythologie semble ici à l’abandon, et ne survit que sur le mode ludique de l’attraction foraine. Mais l’électricité qui redonne vie aux automates est une énergie mortifère qui alimente la mémoire des massacres de l’Histoire. Le film répète en effet, en miniature, la défaite des troupes américaines à Little Big Horn lorsqu’ une adolescentes égarée dans le musée se retrouve coincée entre le feu nourri de Custer et les coups de poignard de Sitting Bull. « Les mythes surgissent du passé pour mutiler, estropier, ou tuer les vivants[38] », écrit Richard Slotkin. C’est vrai dans le Wild West Show dysfonctionnel de Tourist Trap, ça l’est aussi dans 2000 Maniacs, avec sa ville fantôme où se rejoue ad infinitam le souvenir de la guerre de sécession. Les touristes égarés qui y trouvent refuges sont torturés, non par des fous sanguinaires, mais par la répétition insensée de l’Histoire qui tourne à vide. « La répétition vidée de son contenu religieux, écrit Eliade, conduit nécessairement à une vision pessimiste de l’existence. Lorsqu’il n’est plus un véhicule pour réintégrer une situation primordiale et pour retrouver la présence mystérieuse des dieux, lorsqu’il est désacralisé, le Temps cyclique devient terrifiant : il se révèle comme un cercle tournant indéfiniment sur lui-même, se répétant à l’infini [39]. » Dans le wrong turn movie, l’Histoire bégaie, immobilisée dans la perpétuation barbare de massacres insensés. Ce travail sur la circularité et l’aporie est au cœur de The Funhouse (en français, Massacres dans le train-fantôme), passionnante réflexion sur le cinéma d’horreur qui, en s’éloignant à priori du canevas du wrong turn movie, finit malgré tout par y revenir. Fatalement.


La nuit des forains


The Funhouse raconte la tragédie d’Amy (Elizabeth Berridge), une adolescente sans histoire qui se rend à une fête foraine malgré l’interdiction de ses parents. Ces derniers lui suggèrent plutôt d’aller voir un film -eux-mêmes regardent The Bride of Frankenstein (Whale, 1935) à la télévision. Cette référence est proléptique : au sein de la foire, Amy va tomber nez à nez avec un monstre revêtu d’un masque reproduisant le visage tout aussi monstrueux de Boris Karloff dans le film de James Whale.

Le film s’ouvre sur un personnage pénétrant dans une chambre d’enfant, saisissant un masque de clown, un couteau, et se dirigeant vers la salle de bain où se douche Amy. Cette séquence fait explicitement référence à l’ouverture d’Halloween (Carpenter, 1977), entre autre par l’utilisation appuyée de la caméra subjective. L’autre référence intertextuelle convoquée par Hooper est évidemment Psycho. La fiction contamine donc la première séquence de The Funhouse en amont (fiction filmique renvoyant à Halloween) et en aval (installation d’Amy dans la douche de Psycho). Et pour cause, tout ceci se révèle être une mascarade ; la figure masquée n’est autre que le petit frère d’Amy, Joey, muni d’un couteau en plastique pour faire une farce à cette dernière. Furieuse, Amy sort de sa douche mais Joey s’est déjà réfugié dans le placard de sa chambre. Là, elle espère le surprendre. Pourtant c’est Joey qui a le dernier mot, photographiant Amy avec un appareil polaroïd au moment où celle-ci ouvre la porte.

Cette scène de violence (retenue, Amy ne tue pas son frère) entre deux membres d’une même famille dont l’un se trouve grimé, va se trouver dégradée par deux fois au cours du film, la mort se faisant chaque fois plus inéluctable. La première dégradation a lieu peu de temps après l’arrivée d’Amy et de ses amis à la foire. Dans un chapiteau, un magicien (William Finley) maquillé en vampire, annonce à son public qu’il va, à l’aide d’un pieu, percer un cercueil dans lequel est enfermée une jeune fille. Le pieu s’enfonce dans le cercueil et du sang jaillit soudain, éclaboussant le magicien, laissant croire à l’accident. Mais tout n’était qu’imposture, l’assistante se révélant être la propre fille du magicien. La scène originale est reprise une deuxième fois, lors du meurtre de Madame Zena, la voyante, par le monstre masqué. Enfin le meurtre aboutit, le sang retenu dans la première scène, factice dans la seconde, s’écoule in fine. Cette série de reprises reposant sur une logique binaire de duplication et de décalage, explicite la structure oraculaire travaillant The Funhouse, structure théorisée par Clément Rosset dans Le réel et son double (le thème de l’oracle trouve d’ailleurs une incarnation diégétique en la personne de la diseuse de bonne aventure qui va prédire une destinée tragique aux protagonistes). C’est là le sens des photos polaroïds prises par le frère d’Amy au début du film. Ces clichés figeant Amy dans la stupeur et la terreur sont programmatiques, ils pré-disent (au sens oraculaire du terme) son intégration à venir dans un film (c’est-à-dire une série de photogrammes) où elle sera, à de nombreuses reprises, surprise et terrifiée.

A mieux y regarder, il semble cependant que le film joue moins sur les motifs du double que sur l’illusion que le réel ait un double et puisse être parodié. C’est là le sens de la nature tautologique du masque de Frankenstein porté par le monstre de The Funhouse. La surprise au moment où la créature hooperienne enlève son masque et révèle son visage au grand jour vient moins du fait que ce visage diffère foncièrement du masque (surprise finalement attendue voire espérée) mais au contraire qu’il coïncide à ce point avec lui. Le masque du monstre dans The Funhouse, comme celui de la Mort Rouge chez Poe, trompe justement de ne rien dissimuler. La chute symbolique du masque, qui défait la possibilité de la fiction fantastique (possibilité toujours rassurante, car on sait bien que le monstre de Frankenstein n’existe qu’au cinéma), pour déboucher sur l’horreur du réel (le freak existe bien, lui), est relayé dans The Funhouse par la série de dégradations notée plus haut, où chaque reprise de la scène originelle dépouille un peu plus cette dernière de ses artifices, jusqu’à son inéluctable réalisation (au sens de devenir réel). On passe ainsi d’un meurtre factice et codé comme cinématographique (on l’a vu, la diégèse a priori réaliste de The Funhouse est contaminée d’emblée par l’allusion au cinéma défamiliarisant cette réalité), à un meurtre réel, le paradoxe étant que le réel se fait de plus en plus proche au fur et à mesure que les protagonistes se rapprochent du cœur du carnaval (le train-fantôme), espace traditionnellement codé comme irréel (le train-fantôme est un univers artificiel par définition). C’est donc, en définitive, là où on croyait se trouver à l’abri du réel (dans la foire), à mille lieues de la mort (le train-fantôme convoque tout un attirail terrifiant pour mieux exorciser la peur de mourir), que le réel le plus inéluctable qui soit (la mort) arrive. Parce que l’Histoire y a repoussé une réalité indésirable (l’Indien, le monstre, l’Autre), le carnaval est devenu le lieu d’un réel absolu et irrépressible qui va finir par coïncider avec le destin des protagonistes. Lorsque ceux-ci réalisent leur méprise, qui est de croire le réel ailleurs alors qu’il est ici, le croquemitaine dans le film visionné par les parents d’Amy alors qu’il est dans la foire, il est trop tard : la mort ne bifurque pas. Le trajet circulaire des chariots du train fantôme, mécanique implacable, est là pour le prouver.

The Funhouse éclaire significativement l’analyse des films constituant notre corpus. Car c’est le grand drame de nos protagonistes que de réaliser, mais trop tard, que le chemin sur lequel ils sont embarqués ne les mène pas dans un espace marginal somme toute in-signifiant et dont il serait facile de s’extraire en prétextant l’accident, mais sur le seul terrain qui ne supporte aucune dénégation, le terrain du réel. Un réel monstrueux, certes (l’Histoire n’est jamais rose), mais un réel quand même, avec lequel il faut bien composer, et auquel les personnages du wrong turn movie pensent pouvoir échapper en croyant vivre dans la « norme ». Mais il n’y a –et c’est là le sens profond de ces film- ni norme ni marge, seulement une grande route sur laquelle nous sommes tous embarqués.

Florent Christol


NB : Une version légèrement modifiée de ce texte a été publiée dans le volume Éclats du noir. Généricité et hybridation dans la littérature et le cinéma du monde anglophone, Aix-en-Provence, Publications de l'université de Provence, coll. « Regards sur le fantastique », 2007.



Bio-biblio

Florent Christol enseigne l’anglais et le cinéma au lycée Louis Feuillade de Lunel (Hérault). Ses recherches portent sur les représentations carnavalesques (célébrations d’Halloween et de Noël, charivari, lynchages, figure du clown…) dans la littérature et le cinéma anglo-américain. Membre de la SERCIA, il a publié plusieurs articles sur le sujet dans des revues telles que Simulacres, CinémAction, Lignes de fuite, Les Cahiers victoriens et édouardiens, et dans des ouvrages collectifs, dont le volume Cinéma et Histoire (Michel Houdiard), George Romero, un cinéma crépusculaire (Michel Houdiard), Le Sud à l’écran (Presses de l’Ecole Polytechnique), et les actes du colloque de Cerisy sur Stephen King et l'horreur contemporaine (Bragelonne). Il a consacré un mémoire de DEA aux adaptations cinématographiques de Dr. Jekyll and Mr. Hyde, et prépare une thèse intitulée « Saturne en rétrograde: grotesque et carnavalesque dans le cinéma de Tobe Hooper et le film d’horreur américain contemporain (1974-1986) » à l’Université de Poitiers.



Notes:

[1] Voir Bakhtine, L’oeuvre de François Rabelais et la culture populaire au moyen âge et sous la renaissance, Gallimard, Paris, 1970.

[2] “The Significance of the Frontier in American History”, in The Frontier in American History, Dover Publications, New York,1996, p. 37.

[3] On trouve ce motif dans Psycho (Hitchcock, 1960), Carnival of Souls (Heck Harvey, 1962), The Haunting (Robert Wise, 1963), Spider Baby (Jack Hill, 1964), 2000 Maniacs (H. G. Lewis, 1964), Brotherhood of Satan (Bernard McEveety, 1971), Deliverance (John Boorman, 1972), The Texas Chainsaw Massacre (Tobe Hooper, 1974), Race with the Devil (Jack Starret, 1975), Death Trap (Tobe Hooper, 1976), The Hills Have Eyes (Wes Craven, 1977), I Spit on Your Grave (Meir Zarchi, 1978), Savage Weekend (David Paulsen, 1978), Tourist Trap (David Schmoeller, 1978) , Motel Hell (Kevin Connor, 1980), Friday the 13th (Sean Cunningham, 1980), Dead and Buried (Gary Sherman, 1981), The Funhouse (Tobe Hooper, 1981). Ce corpus est évidemment provisoire ; il reste, n’en doutons pas, nombre de films à découvrir. L’inclusion de Deliverance peut surprendre (le film est traditionnellement rangé dans la catégorie du cinéma d’aventure), mais en quittant la route pour la rivière, Lewis (Burt Reynolds) et ses compagnons entrent de plain pied dans le territoire sauvage où viendront se perdre de nombreux protagonistes du cinéma d’horreur de cette période.

[4] Si l’on en croit la plupart des ouvrages sur le genre, le film d’horreur classique se caractériserait par l’altérité de sa figure monstrueuse tandis que le film d’horreur moderne mettrait l’accent sur la banalité du Mal. La modernité du genre daterait de 1968, avec la sortie sur les écrans de Night of the Living Dead (Romero) et de Rosemary’s Baby (Polanski). Nous considérons pour notre part (et nous ne sommes pas les seuls), que la vraie transition du classicisme à la modernité se fait avec Psycho en 1960. D’une certaine manière, en déviant de sa route, Marion Crane a précipité le genre dans sa modernité.

[5] Nous avons décidé de baptiser ainsi ce sous-genre en référence au film de Rob Schmidt Wrong Turn (2003), qui se veut comme un hommage aux films constituant notre corpus.

[6] « Le monstre, c’est celui qui enfreint les lois de la normalité. Les uns s’écartent des normes de la nature, normes temporelles ou spatiales (survie de la Momie — échelle de King Kong), les autres des normes sociales », Gérard Lenne, Le cinéma fantastique et ses mythologies, Henry Veyrier, 1985, p.25

[7] Rappelons que la séquence finale du film montre Ed (John Voight) se réveiller en sueur après avoir fait un cauchemar au cours duquel il voit une main hirsute surgir de la rivière descendue au cours du film.

[8] Le monde et ses remèdes, PUF, Paris, 2000, p. 38.

[9] Sur cette question des résidus des fêtes païennes dans les rituels catholiques, voir l’ouvrage de François Laroque, Shakespeare et la fête, Presses Universitaires de France, 1988.

[10] Le monstre était célébré dans les foires médiévales. De par son aspect grotesque, hyperbolique et excessif, il était l’incarnation la plus pure du carnaval, la marge vers laquelle la norme devait tendre (dynamique de décentrement) en se déguisant (dynamique hyperbolique).

[11] Thomas Morton, l’auteur de The New English Canaan, fut ainsi jugé en Angleterre pour avoir voulu réinstaurer des pratiques carnavalesques dans sa colonie de Merry-Mount. Ses orgies païennes, auxquelles étaient conviées certaines tribus indiennes, furent accusées en ces termes : « C’était comme s’ils avaient ressuscité et célébré les fêtes de la déesse romaine Flora, ou les pratiques bestiales des folles bacchanales », W. Bradford, cité par B.F. de Costa, « Morton of Merrymount », Magazine of American History, vol. VIII, n°2, Barnes, New York, 1882, p. 82.

[12] Nous vous renvoyons aux travaux de Lauric Guillaud, en particulier à La Terreur et le sacré, la nuit gothique américaine, Michel Houdiard Editeur, Paris, 2003.

[13] De « The May Pole of Merry Mount » d’Hawthorne à It de Stephen King en passant par « The Masque of the Red Death » de Poe, la littérature américaine ne cesse d’exprimer le rapport antagoniste de l’Amérique à la fête.

[14] A ce sujet, voir Richard Slotkin “Buffalo Bill’s Wild West and the Mythologization of the American Empire”, in Cultures of United States Imperialism, ed. Amy Kaplan and Donald Pease, 164-184. Durham, NC, Duke University, 1993.

[15] Richard Slotkin, The Fatal Environment, The Myth of the Frontier in the Age of Industrialization, Wesleyan University Press, Middletown, Connecticut, 1985, p. 4. Nous traduisons.

[16] Pour une lecture du film d’horreur en tant que « retour du refoulé », nous vous renvoyons au fameux texte de Robin Wood dont on peut trouver une traduction partielle dans le volume collectif Cauchemars Américains (op. cit.)

[17] Fantastique-fiction, coll. Ecriture, PUF, Paris, 1992, p. 182.

[18] « The horror film brings about a confrontation with the abject […] in order, finally, to eject the abject and re-draw the boundaries between the human and non-human. As a form of modern defilement rite, the horror film works to separate out the symbolic order from all that threatens its stability”, Barbara Creed, “Horror and the monstruous-feminine”, The Horror Film Reader, ed. Mark Jancovich, Routledge, London, 2002, p. 69-70.

[19] Caillois, L’homme et le sacré, Paris, Gallimard, 1950, p. 67.

[20] Thoret, « Deadlines, notes sur le statut du hors-champ », op. cit., p. 38.

[21] Julia Kristeva, Pouvoirs de l’horreur, Points, coll. Essais, Editions du Seuil, Paris, 1980, p.11.

[22] « Nous savons que les excréments ont joué un grand rôle dans le rituel de la fête des sots. […] Après l’office religieux, le clergé prenait place sur des charrettes chargées d’excréments ; les prêtes parcouraient les rues et les projetaient sur le peuple qui leur faisait escorte. Le rituel des charivaris comprenait entre autres la projection d’excréments. […] Les privautés scatologiques (essentiellement verbales) jouent un rôle énorme durant le carnaval. Chez Rabelais, l’arrosage d’urine et l’inondation dans l’urine jouent un rôle de premier plan », Bakhtine, L’œuvre de François Rabelais, op. cit., p.150.

[23] Id., p. 62.

[24] Dans Gunfighter Nation (Wesleyan University Press), Richard Slotkin montre comment la mythologie de la wilderness et de la Frontière infiltrait le discours des soldats envoyés au Vietnam, qui tentaient de trouver par analogie des images permettant de rendre compte des horreurs perpétrées autour d’eux.

[25] Caillois , L’homme et le sacré, op. cit., p. 140.

[26] Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper, une expérience américaine du chaos, Dreamland, Paris, p. 89.

[27] Id., pp. 63-64.

[28] Introduction à La Part maudite de George Bataille, Editions de minuit, 1967, p. 12.

[29] Jean Baptiste Thoret, « Energie, Action, Violence : les métamorphoses du cinéma américain dans les années soixante-dix », in Why Not ? sur le cinéma américain, Rouge Profond, p. 43.

[30] « […] le temps use les digues, le fonctionnement d’un mécanisme use et encrasse les rouages. L’homme vieillit et meurt, rénové, il est vrai, dans sa descendance. La nature, à l’approche de l’hiver, perd sa fécondité et semble dépérir. Il faut recréer le monde, rajeunir le système. Les prohibitions peuvent seulement empêcher sa fin accidentelle. Elles sont incapables de le préserver de sa ruine inévitable, de sa belle mort. Elles ralentissent sa décrépitude sans pouvoir l’arrêter. Vient le moment où une refonte est nécessaire. Il faut qu’un acte positif assure à l’ordre une stabilité nouvelle. On a besoin qu’un simulacre de création remette à neuf la nature et la société. C’est à quoi pourvoit la fête », Caillois, L’homme et le sacré, op. cit., p. 125.

[31] « Dans certaines villes de France une coutume, qui s’est perpétuée presque jusqu’à l’époque moderne, voulait qu’à l’époque du carnaval, c’est-à-dire quand étaient autorisés l’abattage du bétail et la consommation de la viande […] on conduisit un bœuf gras par les rues et les places de la cité. […] ce bœuf viollé voué à l’abattoir était la victime du carnaval. C’était le roi, le reproducteur (incarnant la fertilité de l’an) et en même temps la viande sacrifiée, qui allait être hachée et découpée pour fabriquer saucisses et pâtés », L’œuvre de François Rabelais et la culture populaire au moyen âge et sous la renaissance, op. cit., p. 204.

[32] Nous développons cette analyse en détails dans notre essai « Saturne en rétrograde : survivances et dégénérescences carnavalesques dans les films de Tobe Hooper », Simulacres 8 « Ivresses », Rouge Profond, Mars 2003.

[33] Bataille, La Part Maudite, p. 94.

[34] L’analogie entre les meurtres commis par Norman et le processus sacrificiel est explicité dans un passage du roman de Robert Bloch évacué dans l’adaptation d’Hitchcock, où Norman Bates lit un ouvrage sur les mythes aztèques. Une description en particulier attire son attention, qui dépeint un rituel archaïque au cours duquel est perpétré un sacrifice humain.

[35] Eliade, Le mythe de l’éternel retour, archétypes et répétitions, Gallimard, 1969, p. 49.

[36] Le Masque ou le père ambigu, Payot, Paris, 1983, pp. 43-44.

[37] Ernst Bloch, Traces, cité dans Jean-Louis Leutrat, Vie des fantômes, Cahiers du cinéma, Paris, 1995.

[38] The Fatal Environment, op. cit., p. 5.

[39] Le sacré et le profane, op. cit., p. 95.

jeudi 25 juin 2009

Appel à communication : 6e Congrès de l’AFECCAV - Université Paul Valéry - Montpellier 3 Jeudi 23, vendredi 24, samedi 25 septembre 2010

Appel à communication

6e Congrès de l’AFECCAV

Université Paul Valéry - Montpellier 3

Jeudi 23, vendredi 24, samedi 25 septembre 2010

Cinéma & audiovisuel se réfléchissent

réflexivité, migrations, intermédialité

L’audiovisuel est un vaste territoire dont le cinéma et la télévision forment les composantes essentielles. Aujourd’hui les frontières de ce territoire sont elles-mêmes déplacées ou brouillées par des migrations de toutes sortes qui affectent aussi bien la nature des images et des sons que la forme et le sens des récits et des discours. L’étude des migrations d’histoires, de formes, de supports, d’écrans, etc. est devenue un des points d’ancrage de la recherche et de l’enseignement du cinéma et de l’audiovisuel.

Les axes de réflexion suivants pourront être abordés :

* Comment les films et/ou les programmes parlent-ils d’eux-mêmes (auto-référence, citation, recyclage, mise en abîme, etc.) ? Et avec quels effets ?

* Comment les œuvres audiovisuelles qui prennent des films ou le cinéma pour objet donnent-elles à penser le cinéma et la télévision ? Comment et pourquoi deviennent-elles des références du goût cinématographique et télévisuel ? Dans quelle mesure sont-elles des repères possibles d’une histoire du cinéma ou de la télévision ?

* Comment des films et/ou des programmes puisent-ils leurs formes, leurs styles, leurs thèmes, leurs techniques dans les autres arts et medias ? Comment ces images issues du cinéma, de la télévision, migrent-elles de leurs lieux initiaux (l’écran de cinéma, le téléviseur) vers d’autres supports, d’autres lieux, de plus en plus diversifiés ? Comment ces migrations affectent-elles le sens des œuvres, des programmes et leur réception ?

Toutes ces problématiques pourront être traitées aussi bien en termes de dispositifs que d’enjeux historiques, esthétiques, communicationnels ou socioculturels.

Les propositions de communication (une page maximum, 2000 signes) sont à envoyer en français ou en anglais avant le 15 octobre 2009, par courrier électronique à : afeccav@gmail.com, en mentionnant impérativement comme objet du message : Proposition colloque 2010

La langue du colloque sera le français.

Comité scientifique : François Amy de la Bretèque (univ. Montpellier 3), Emmanuelle André (univ. Lyon 2), François Jost (univ.Paris 3), Raphaëlle Moine (univ. Paris 3), Maxime Scheinfeigel (univ. Montpellier 3), Jean-Philippe Trias (univ. Montpellier 3).

Comité d’organisation : M. Scheinfeigel, F. de la Bretèque et J-Ph. Trias.

lundi 8 juin 2009

Journée d'étude : 15 juin 2009, Institut National d’Histoire de l’Art - Paris



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15 juin 2009, Institut National d’Histoire de l’Art


Angel Quintana, professeur d’histoire et de théorie du cinéma à l'Université de Gérone (Espagne) est l’auteur du livre Virtuel ? À l'ère du numérique, le cinéma est toujours le plus réaliste des arts (coll. 21e siècle, Cahiers du cinéma) publié en novembre 2008. Nicole Brenez à l’Université Paris 1/CERHEC, les Trois Lumières (Association des chercheurs en études cinématographiques) et les Cahiers du cinéma organisent une Journée d’études à partir de ce travail, pour réfléchir collectivement sur ces dernières technologies et leurs enjeux esthétiques puisque artistes, critiques, chercheurs et étudiants ont à appréhender supports, usages et questions liés au numérique de façon constante.

Angel Quintana délivre une conception originale et fertile du numérique qui invite à repenser le cinéma, son histoire, ses possibilités, son avenir. Ce point de vue original conduit à voir dans les mutations du cinéma contemporain une filiation directe dans le cinéma des débuts et le cinéma expérimental. Il traite la question du réalisme selon deux axes qui se complètent. L’un proprement technique (matérialité du numérique) : signal, bases de données, traitements, supports, réseau ; l’autre esthétique : de la reproduction à la représentation et à la simulation. Il pointe l’alternative que propose le cinéma à partir des conquêtes du numérique, ouvrant ainsi un domaine de réflexion essentiel à nos années 2000.

L’objectif de la Journée est d’initier une réflexion sur les enjeux techniques, esthétiques et politiques des arts à l’ère digitale. Il semble que nous nous trouvions à un moment de l’histoire des techniques où l’on pressent tout juste ce qu’il est possible de faire jaillir de cette invention. Il semble que le conditionnement, les normes, les standards que désire imposer l’industrie au numérique, infiltrant tous les espaces de nos vies, présidant à l’évolution de nos sociétés ces quarante dernières années comme aucune autre révolution technique, volent en éclats entre les mains des artistes traversés de visions, d’utopies, de fantasmes.

Le virtuel comme puissances…

- Comité scientifique :

Nicole Brenez, Maître de conférence (HdR) à l’Université Paris 1 UFR03/CERHEC

Angel Quintana, Professeur à l’Université de Gérone.

- Comité d’organisation : Les Trois Lumières

Johanna Cappi, Angélica Cuevas Portilla, Bidhan Jacobs, Claudio Marchi, Gabrielle Reiner, Caroline Renouard, Gabriela Trujillo.

Communication : Laurence Hoarau

Graphisme : Yekhan Pinarligil

- Coordination Paris I : Zinaïda Polimenova.

- Coordination Cahiers du cinéma : Alexia Renard.

- Organisation dédicace et ventes : Lis-Voir/Cécile Giraud.

Auditorium INHA 2 rue Vivienne, 75002 Paris

Cinéma Le Nouveau Latina 20 rue du Temple, 75004 Paris

contact : laurence.hoarau@gmail.com

9.00 / accueil des participants [salle aby warburg]

9.30 / ouvertures [auditorium inha]

sylvie lindeperg, directrice du cerhec (paris 1)

claudio marchi (association les trois lumières)

nicole brenez (cahiers du cinéma), « un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit » : des anges à Angel, l’imaginaire des signaux

modérateur nicole brenez (université paris 1)

défragmentation / configurations /

9.50 / angel quintana (université de gérone), vers un art virtuel? image et réalité à l'ère numérique

11.00 / caroline renouard (université paris-est marne la vallée / les trois lumières), entretien avec angel quintana

11.30 / pause

réseaux / diffraction /

11.45 / johanna cappi (paris 1 / les trois lumières), guerre des images / images de guerre : cinéma de « l'information » & virtuel...

12.05 / jean-marc manach (le monde), du hacking considéré comme l'un des beaux-arts

12.35 / philippe langlois, artiste, hacking & art: détournements & lieux de création alternatifs (hackerspaces)

13.30 / pause déjeuner

modérateur angel quintana

simulacres / figurativités /

14.30 / gabriela trujillo, (paris 1 / les trois lumières), de la guerre : matière et mémoire du numérique (de chris marker à la chute de babylone )

15.00 / régis cotentin, artiste (paris 1, palais des beaux-arts de lille), le masque numérique. un personnage virtuel est-il condamné à rester une enveloppe sans âme?

15.30 / gabrielle reiner (paris 1 / les trois lumières), numérique et falsification du noir et blanc

16.15 / pause

nombre / anagogie

16.30 / bidhan jacobs (université paris 1 / les trois lumières), libérations du signal

17.00 / jacques perconte, artiste, le jeu du numérique et la fin du monde

17.30 / hugo verlinde, artiste, naissance de l’art numérique

arborescence / implémentation

18.30 > 20.00 [salle aby warburg]

dédicace par angel quintana de son ouvrage virtuel ? - à l'ère du numérique, le cinéma est toujours le plus réaliste des arts paru aux éditions des cahiers du cinéma (2008)

réception de clôture

21.30 programme spécial au cinéma le nouveau latina


Appel à communication : colloque CINECOSA, "Les industries cinématographiques et télévisuelles des pays anglophones à l’étranger " - 27/11/2009

Appel à communication pour le colloque CINECOSA:

Le groupe CinEcoSa (Cinéma, Economie et Sociétés anglophones) organise le 27 novembre 2009 à l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense (Paris X) un colloque sur le thème suivant:

Les industries cinématographiques et télévisuelles des pays

anglophones à l’étranger : relations industrielles et culturelles

Uni par la langue et la circulation des artistes, des techniciens et des capitaux, le monde cinématographique anglophone recouvre des organisations industrielles variées. De nombreuses coopérations existent entre ces différentes industries : États-Unis, Grande-Bretagne, Irlande, Australie, Canada, Nouvelle-Zélande. Ce bloc ne fonctionne pas en vase clos et établit également des relations avec d’autres

industries audiovisuelles, en Europe, en Amérique latine, en Asie. En cette ère de mondialisation, les industries anglophones s’impliquent de plus en plus à l’étranger, tant dans le domaine du cinéma que de la télévision.

L’implication cinématographique et télévisuelle des pays anglophones à l’étranger peut se faire selon des modalités différentes. On peut tout d’abord penser aux productions délocalisées. Il s’agit alors de tourner à l’étranger. Mais on peut se référer également aux pratiques consistant à financer un film ou une série télévisée d’un autre pays, parfois dans une langue autre que l’anglais. Il s’agit alors de produire à l’étranger. Ces deux modes d’implication, délocalisation et investissements directs, répondent à des logiques économiques et culturelles différentes. On pourra envisager ces deux pratiques non comme contradictoires, mais comme complémentaires.

Se pose d’emblée la question du point de vue. Tout d’abord, la notion même d’ «étranger » est problématique et implique que l’on se penche sur la façon de définir le national. À l’ère de la mondialisation, quelle pertinence revêt encore le terme de national ? La question du national se pose avec une force particulière pour les

relations étroites qui lient les industries anglo-saxonnes entre elles. En second lieu, il serait bon d’aborder la question à la fois du point de vue des investisseurs et de celui des pays d’accueil. Pourquoi tourner et produire à l’étranger ? De quels types de films et programmes parle-t-on exactement ? Quelle est la réaction des pays

d’accueil ? Qu’apportent ces relations (bénéfices financiers, technologiques,

etc.) ? Quelles en sont les limites (tensions, désaccords) ?

Il s’agit certes de faire un historique de ce phénomène, mais surtout d’en faire ressortir la spécificité actuelle et les implications. On cherchera ici à mieux comprendre les phénomènes culturels à l’œuvre au sein d’une mondialisation où les cultures nationales restent vivaces. Quels sont les enjeux industriels et culturels de

l’implication cinématographique et télévisuelle des pays anglophones à l’étranger aujourd’hui?

Voici quelques pistes indicatives :

- relations entre investisseurs et agents locaux (collaboration

ou contrôle, difficulté à travailler ensemble, bénéfices mutuels)

- modification des paysages audiovisuels

- types de films et programmes tournés et produits

- distribution de ces films et programmes

- relations privilégiées entre deux pays

(Grande-Bretagne/Inde,États-Unis/Canada, etc.)

- définition de la nationalité des produits audiovisuels

- contenu culturel

- questions d’hybridation et de transnational

- échanges ou frictions culturels

- pratiques marketing

- réception de ces productions

Les propositions de communications sont à envoyer avant le 30 juin 2009

à : cinecosa@u-paris10.fr <mailto:cinecosa@u-paris10.fr>

CinEcoSA’s first one-day symposium will take place at Université

Paris Ouest Nanterre La Défense (formerly known as Paris X Nanterre) on

Friday 27 November 2009.

English-speaking film and television industries abroad: industrial

and cultural relations

The English-speaking film world, united by the English language and the circulation of talents, technicians and capital, encompasses a variety of types of industrial organisation. There is a number of cooperations between the industries of the United States, Great Britain, Ireland, Australia, Canada and New Zealand. These countries not only work together, they also have relationships with other audiovisual industries across Europe, Latin America and Asia. At a time when globalisation is thriving, english-speaking film and television industries are getting more and more involved abroad.

The involvement of English-speaking film and television industries abroad takes various shapes. One is the shooting of productions abroad, i.e. runaway productions. Another is producing abroad, i.e. financing films or television programmes of non-English-speaking countries, sometimes in the local language. Although these two types of involvements, runaway productions and direct investments, stem from different economic and cultural practices, they should not be considered conflicting but rather complementary.

Studying such issues depends on the standpoint you adopt. First, the meanings of “abroad” and “foreign” are problematic and imply defining the concept of “nationality”. As the world is becoming increasingly “global”, is the concept of nationality still relevant? This question is particularly apt when one analyses the

close relationships which link English-speaking film and television industries. Secondly, these issues should be considered both from the point of view of the investors and from the point of view of the host countries and industries. Why shoot and produce abroad? What specific kinds of films and programmes are shot and produced? How do the host countries and industries react? Are these relationships

profitable (financially, technologically, etc.) or do they create tensions or disagreements?

We will welcome historical perspectives on this phenomenon, but more especially studies which emphasize its current specificities and possible future impacts. The aim is to analyse the cultural phenomena at work in a globalized world where national cultures still have a role to play. What are the industrial and cultural stakes of the involvement of English-speaking film and television industries abroad?

Papers (in English or French) might explore one or more of the following

themes:

- relationships between investors and local players (collaboration

or control, difficulties arising in the working relationships,

mutual advantages)

- changing movie-making landscapes

- types of films and programmes shot and produced

- distribution of those films and programmes

- privileged relationships between two countries (Britain/India,

United States/Canada, etc.)

- definition of the nationality of the productions

- cultural content

- questions of hybridization and transnationalization

- cultural exchanges or tensions

- marketing practices

- reception of those productions

Please send your proposals (300 words maximum) by 30 June 2009 to:

cinecosa@u-paris10.fr <mailto:cinecosa@u-paris10.fr>



Transmis par l'intermédiaire de l'Afeccav

mercredi 3 juin 2009

Parution : Qu'est-ce que le virtuel au cinéma ? Par Thibaut GARCIA - Université Montpellier III - Paul Valéry


Nous sommes heureux d'annoncer la parution d'un contributeur de notre revue en ligne Prismes : M. Thibaut Garcia, docteur en arts du spectacle de l'Université Paul Valéry de Montpellier.

Il a sorti début mai une version remaniée de son travail de thèse chez L'Harmattan.

Nous présentons ici son ouvrage intitulé "Qu’est-ce que le « virtuel » au cinéma ?".

Cliquez sur l'image pour l'agrandir.

Vous pouvez commander son livre sur Amazon ou directement chez l'éditeur L'Harmattan.

Voici reproduit le résumé de quatrième de couverture:

"Les années 2000 ont vu l'explosion des « nouvelles technologies », et
avec celle-ci, les débats les plus passionnés sur le « virtuel ». Mais virtuel et
nouvelles technologies sont-ils forcément liés ? S'appuyant sur une analyse
du cinéma des effets spéciaux, cet ouvrage propose une réflexion sur le
virtuel en tant que concept et sur ses relations complexes aux techniques
numériques dans le discours contemporain. Montrer comment des mondes
virtuels émergent au sein même de la fiction cinématographique permet
d'appréhender, au-delà de la technique, la virtualité du langage audio-visuel."

vendredi 15 mai 2009

Journée doctorale RIRRA 21 "Work in progress" - Université Paul Valéry - Montpellier - Samedi 16 Mai 2009




Voici le programme d'une journée doctorale qui aura lieu à L'université Paul Valéry de Montpellier. Journée doctorale RIRRA 21 "Work in progress" - 16 Mai 2009 - Salle D026

Editorial


L'homogénéité, la diversité et la
richesse des approches et des disciplines
constitutives du centre de recherche
RIRRA21 sont à l'honneur en cette
journée du samedi 16 mai 2009 pour
laquelle plusieurs doctorants de l'équipe
ont décidé de se prêter au jeu du
colloque afin de présenter leurs travaux
de thèse, du cinéma à la littérature en
passant par la musique.
En filigrane de cette journée, la
question de ce qu'est une thèse, et du
travail que cela représente, illustrée de
visu par les communications des
intervenants, tous à différents stades
d'achèvement de leurs travaux.
Cette manifestation sera aussi
l'occasion d'un grand pas pour le
RIRRA21 dans l'ère du numérique et de
l'entoilage des données scientifiques
puisqu'une captation audio/vidéo
donnera lieu à un montage en vue d'une
publication sur son site Internet.

L'équipe organisatrice,
doctorantsrirra21@hotmail.fr



Cliquez sur les images pour agrandir le programme complet de la journée.


jeudi 18 décembre 2008

Appel à contributions : pour un numéro de la revue Image [&] Narrative consacré à l'œuvre de Chris Marker.

Appel à communications (articles de recherche) pour un numéro de la revue Image [&] Narrative consacré à l'œuvre de Chris Marker.


La revue électronique Image [&] Narrative (www.imageandnarrative.be) fait appel à des articles de recherche pour un numéro consacré à l'œuvre (photographique, filmique ou multimédia) de Chris Marker.


Les propositions d'articles devront être envoyées au plus tard le 31 mars 2009, les articles, le 15 août 2009, à Peter Kravanja (Université d'Anvers, Belgique ; peterkravanja@gmail.com).


Image [&] Narrative est une revue internationale et bilingue (français/anglais). Elle fait partie de la Open Humanities Press (http://openhumanitiespress.org).

Appel à communications : Journée doctorale de l’AFECCAV, le vendredi 11 septembre 2009

Journée doctorale de l’AFECCAV


Vendredi 11 septembre


Institut National d’Histoire de l’Art/Galerie Colbert


Accès : 2, rue Vivienne / 6, rue des Petits Champs, 75002 Paris



Appel à communications :

L’AFECCAV organise le Vendredi 11 septembre 2009 une journée doctorale qui aura lieu à l’Institut National d’Histoire de l’Art (INHA). Destinée à tous les doctorants dont la thèse, quelle que soit la discipline, porte en totalité ou en partie sur le cinéma, la télévision ou les nouveaux médias audiovisuels, elle a pour objectif de permettre aux jeunes chercheurs, répartis en ateliers, de présenter publiquement, sous forme d’une communication de quinze minutes, leurs recherches en cours et d’exposer les questions théoriques ou méthodologiques auxquelles ils/elles sont confrontés. C’est également l’occasion pour eux de se rencontrer et de débattre avec des enseignants-chercheurs des disciplines concernées. Des séances plénières apporteront aux doctorants des informations sur le fonctionnement de l’institution universitaire.

Les propositions de communication, d’une dizaine de lignes, devront mentionner le titre de la thèse préparée, l’université, le nom du directeur de thèse, et seront envoyées par voie postale ET courrier électronique, aux adresses suivantes :


Kira Kitsopanidou, Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3,

UFR Cinéma et Audiovisuel, 13, rue de Santeuil, 75231, Paris Cedex 05


Adresses électroniques :

kira.kitsopanidou@free.fr

et

michel.marie37@wanadoo.fr


Comité scientifique : M. Marie, K. Kitsopanidou, G. Soulez


Date limite pour l’envoi des propositions : 31 mars 2009.


L’adhésion à l’AFECCAV est obligatoire pour participer à la journée doctorale.


Appel à communications : 7ème Colloque Annuel de Sorèze (Tarn) organisé les 6,7 et 8 février 2009

7ème Colloque Annuel de Sorèze (Tarn)

Laboratoire de Recherche en Audiovisuel

Université de Toulouse II le Mirail

6, 7 et 8 février 2009

____

Paysans, Paysages

La part de l’audiovisuel




Tout est dans un flux continuel sur la terre.

Rien n’y garde une forme constante et arrêtée

(Jean-Jacques Rousseau in Les rêveries du promeneur solitaire)



Même rayé à mort, un simple rectangle de trente-cinq millimètres sauve l’honneur de tout le réel

(Jean-Luc Godard in Histoire(s) du cinéma)




Le paysage ne relève pas que du naturaliste, il s’insère dans une discipline plus large, celle des origines, des énergies en lutte, des conflits de toute nature, une dialectique minimale ; il n’y a pas de mort du paysage, mais une modification constante de l’étendue d’un pays où toute action de l’homme, le paysan du paysage notamment, opère des changements larges et profonds. Autrement dit, l’émergence de ces transformations est indissociable des rapports entre l’homme et la nature, qu’il s’agisse de la nature ressource et de ses connivences avec les paysans ou bien de la nature commercialisée, de la nature polluée, de la nature militarisée…

Si vous décidez de planter un arbre, et quelle qu’en soit la raison, c’est un geste qui concrétise des échanges, car il est moins nature que produit d’une nécessité vitale de nourriture, de rapports de lutte, de recherche en agronomie, de rapports économiques. Or, des arbres plantés, des arbres arrachés constellent par millions l’histoire et l’imaginaire de l’homme, avec la délimitation d’espaces singuliers, l’édification de patrimoines et des constructions mémorielles, ici comme ailleurs, en Amazonie, en Afrique…

Cependant, si les liens entre paysans et paysages sont au fondement de l’histoire et de l’identité des campagnes, qu’en est-il aujourd’hui, alors que les orientations du monde industriel semblent avoir précipité la rupture entre le paysan et le paysage ?

En effet, assujettie aux principes de rendement et de concurrence, la consommation, érigée en idéal de vie, glisse en direction d’une tragique fuite en avant jusqu’à l’apparition d’un homme sans gravité. C’est un peu l’aboutissement des propositions que faisait à la fin du XVIIIème siècle l’agronome anglais Arthur Young dans son ouvrage Le cultivateur français puisqu’il y proposait que, pour développer la société de fabriques, il faille que le plus grand nombre possible de manufactures soit maintenu par le plus petit nombre de cultivateurs possible, tout un programme de déplacements, d’exode et de transformation du paysage, avec ses lots de résistances, de drames humains, d’effacement des plis et replis du relief, de l’abandon de terre, de territoires et de défaites symboliques de la campagne au profit de la ville.

Un mouvement regardé de près parfois, par ceux (chercheurs, cinéastes, photographes, écrivains ou autres) qui ne pensent le paysage qu’en relation aux paysans, mais le plus souvent de loin par ceux qui pensent le paysage sans la main de celui qui sillonne, creuse, bâtit, enfante, circule, taille, entretient, ceux qui, dans la passion de produire pour produire, réduisent le monde à un simple objet d’exploration technique et mathématique, au risque de sombrer dans l’oubli de l’être.

Ainsi, ce colloque invite à l’exercice d’une vaste liberté d’interroger ce rapport paysan-paysage avec les images, comme outils d’investigation, aussi bien que dans les images de valorisation de la recherche ou autres qui fabriquent ou regorgent bien souvent d’excellentes munitions, selon le mot de Montaigne, pour avancer dans la connaissance de la construction identitaire socioprofessionnelle et culturelle du paysan et de l’agriculteur, du Paysage abandonné aux politiques, du Paysage repris par les paysans d’aujourd’hui, du Paysage comme témoin des mutations du métier, du Paysage ressource comme de justifications, du Temps des campagnes, du Temps des agriculteurs de la PAC, du Temps de l’environnement, ici comme ailleurs.



Il va sans dire que ce colloque sera aussi celui du paysage des chercheurs, comme rencontre avec les paysages, l’agriculture ou les paysans, séparément ou entrelacés, par le truchement de films, de photographies ou de montages sonores qui, dans les pratiques diverses des sciences sociales et autres, sont autant de segments de clarté qui apportent une contribution singulière à l’analyse rigoureuse d’un aspect du réel.

Les propositions de communications (environ 1500 signes) seront adressées à pierre.arbus@univ-tlse2.fr avant le 10 janvier 2009. La décision du comité de sélection sera notifiée en retour, étant donnée la date proche du colloque.


Appel à communication transmis par l'intermédiaire de l'AFECCAV


mercredi 12 novembre 2008

Analyse thématique : "Le geste archaïque de Peter Jackson" par Florent Christol

Fin de l’Histoire et mythe des origines : le geste archaïque de Peter Jackson



Le mythe raconte une histoire sacrée ; il relate un événement qui a eu lieu dans le temps primordial, le temps fabuleux des « commencements ». Autrement dit, le mythe raconte comment grâce aux exploits des Etres Surnaturels, une réalité est venue à l’existence, que ce soit la réalité totale, le Cosmos, ou seulement un fragment : une île, une espèce végétale, un comportement humain, une institution. C’est donc toujours le récit d’une « création » : on rapporte comment quelque chose a été produit, à commencé à être.

Mircea Eliade, Aspects du mythe



Si le mythe est bien, tel que le propose Mircea Eliade, une fiction racontant les origines (d’un peuple, d’un pays, d’une culture...), on peut sans risque affirmer que le cinéma de Peter Jackson est, depuis quelques années, hanté par les mythes. Heavenly Creatures (1994) raconte les origines d’une passion amoureuse dans une nature idyllique évoquant le jardin d’éden; Forgotten Silver (1995) défriche les racines du cinéma « primitif » à travers la figure légendaire de Colin McKenzie, réalisateur (imaginaire) des premiers films néo-zélandais; Lord of the Rings dépeint les origine d’un monde « médiéval fantastique » (les Terres du Milieu), et King Kong raconte l’incursion de la civilisation dans un monde archaïque originel (l’espace insulaire de Skull Island). En outre, nombre des personnages habitant ces films sont des artistes, des démiurges, des créateurs d’univers fantastiques (le film biblique Salomé pour McKenzie, le monde onirique de Borovnia pour les adolescentes de Heavenly Creatures). Le réalisateur interprété par Jack Black dans King Kong est le dernier né de cette lignée de personnages derrière lesquels se dessine la silhouette protéiforme de Jackson lui-même, cinéaste qui aime à s’incarner dans ses propres fictions comme pour mieux régner sur l’univers qu’il a enfanté. L’œil panoptique de Sauron dans Lord of the Rings – relais de l’oeil-caméra de Jackson dans la fiction- est sans doute la métaphore la plus limpide de ce désir de contrôle tout puissant.

Cet intérêt souligné pour les mythes est d’autant plus remarquable qu’il contraste fortement avec les sujets a priori beaucoup plus prosaïques des premiers longs métrages. Ainsi, selon un journaliste de la revue Mad Movies, « Bad Taste [1988] ne se réfère à aucun mythe, son scénario se réduit au strict minimum et ne cherche pas à faire passer de message »[1]. A mille lieues des ambitions mytho-poétiques des derniers films de Jackson, l’identité commune de l’improbable trilogie forgée par Bad Taste, Meet the Feebles (1989) et Brain Dead (1992), serait fondée sur une fascination pour le mauvais goût, un humour anarchique et scatologique, et une esthétique ignorant la demi-mesure en faveur de l’excès. Corps béants, cavités purulentes, orifices gluants et fluides excrémentiels, l’ « abject » tel que l’a théorisé Julia Kristeva constituerait leur matière première peu ragoûtante[2].

Ces excès plastiques ont été dévalorisés par une bonne partie de la critique qui n’a vu là qu’un déballage nauséabond et puéril. Selon J.P Putters, rédacteur en chef de Mad Movies, « Même si [Bad Taste] ne se moque pas ouvertement du genre, il ne peut que le faire régresser au stade pré-anal, où seules comptent les vomissures, les giclées de sang et les mutilations »[3]. Michael Atkinson, qui qualifie Heavenly Creatures de film d’auteur, ne voit dans les premiers long-métrages de Jackson qu’une simple prolongation générique des œuvres sanguinolentes d’un Sam Raimi ou d’un George Romero[4].

De toute évidence, ces films posent un problème théorique à une critique qui se trouve dans l’incapacité de les adjoindre au corpus du réalisateur sans mettre en péril son statut d’auteur, statut reposant - on le sait - sur la cohérence formelle et/ou thématique de l’œuvre en question. Faut-il dès lors se résigner à traiter ces rejetons filmiques comme des aberrations, posture revenant à s’en débarrasser comme on liquiderait un héritage trop encombrant ? Il serait facile d’adopter cette attitude, mais il nous paraît important de résister à cette tentation. Malgré les difficultés que cela suppose, nous aimerions, pour le dire avec Mircea Eliade, « comprendre la cause et la justification de ces excès. Car les comprendre, cela équivaut à les reconnaître en tant que faits humains, faits de culture, création de l’esprit – et non pas irruption pathologique des instincts, bestialité ou enfantillage» [5] . Dans cet essai, nous voudrions montrer qu’il est envisageable de réintégrer les premiers films de Jackson dans un système culturel qui leur redonne du sens. Il s’agira d’adopter des outils analytiques issus des champs de l’anthropologie afin de redonner à ces films une place dans la perspective mythique qui, on l’aura compris, nous paraît constituer la problématique majeure du cinéaste :

Il n’y a pas d’autre alternative : ou bien on s’efforce de nier, minimiser ou oublier de tels excès, en les considérant comme des cas isolés de « sauvagerie » […] ; ou bien on se donne la peine de comprendre les antécédents mythiques qui expliquent, justifient des excès de ce genre […]. C’est uniquement dans une perspective historico-religieuse que des conduites pareilles sont susceptibles de se révéler en tant que faits de culture et perdent leur caractère aberrant ou monstrueux de jeu enfantin ou d’acte purement instinctif[6].

Si les excès plastiques du cinéma de Jackson s’avèrent incompréhensibles observés à travers le prisme étroit de la vision profane et « moderne », ils s’inscrivent en revanche parfaitement dans le système archaïque et rituel du carnaval analysé par Mikhaïl Bakhtine dans son ouvrage séminal sur la fête chez Rabelais[7].



Une esthétique carnavalesque



Les trois premiers films de Peter Jackson mobilisent la quasi totalité des motifs carnavalesques répertoriés par Bakhtine. Prégnance du rire[8], configuration insulaire[9], schèmes du démembrement[10], motifs de l’avalement[11], de l’excrément[12], hybridité chimérique[13], astrologie[14], licence sexuelle[15] et masque[16], constituent les principales figures carnavalesques jonchant le cinéma de Jackson. De la même façon, l’effet gore, qui a pour vocation d’investir le cadre et le saturer par du sang et des entrailles, est une constante plastique des premiers films du réalisateur qui participe pleinement de l’esthétique excessive de la fête. En vieil anglais gor signifie saleté, excrément. Or, l’excrémentiel constitue l’un des principaux pôles esthétiques et sémiologiques du carnaval[17]. Participant de ce que Bakhtine appelle le « bas corporel » et qui, privé de son contexte festif, devient « abject », l’excrément est au cœur des stratégies de rabaissement du « réalisme grotesque ». Comme l’écrit Bakhtine,

en rabaissant, on ensevelit et on sème du même coup, on donne la mort pour redonner le jour ensuite, mieux et plus. Rabaisser, cela veut dire faire communier avec la vie de partie inférieure du corps, celle du ventre et des organes génitaux, par conséquent avec des actes comme l’accouplement, la conception, la grossesse, l’accouchement, l’absorption de nourriture, la satisfaction de besoins naturels. Le rabaissement creuse la tombe corporelle pour une nouvelle naissance, d’où tout croît à profusion[18].

Dans Brain Dead, la mort et la vie ne constituent pas des pôles antagonistes mais sont au contraire envisagées dans un rapport de continuité, tous les invités contaminés par la mère monstrueuse du protagoniste renaissant sous forme de zombies. Chez Jackson, pourrait-on dire, rien de plus vivant qu’un mort !

Le réalisateur incorpore également au sein de son mode de représentation des formes archaïques et classiques de spectacles carnavalesques populaires. Meet the Feebles, avec ses poupées mécanisées, descend en droite ligne du théâtre des marionnettes. La manière dont Derek (Peter Jackson) se recolle le crâne après avoir chuté du haut d’une falaise dans Bad Taste évoque, quant à elle, la tradition de la pantomime. Dans cette forme de spectacle venant du théâtre grec et qui connut une fructueuse descendance italienne (La Commedia dell’arte), les souffrances physiques sont transformées en spectacle comique. De façon plus générale, la représentation hyperbolique des scènes de violence chez Jackson doit beaucoup à la pratique carnavalesque de la bastonnade évoquée par Bakhtine. Dans celle-ci, l’intensité des coups portés est contrebalancée par la présence toute aussi vigoureuse du rire. Cet alliage permanent du comique et de l’horreur inscrit le cinéma de Jackson dans une tradition carnavalesque en totale conformité avec les canons du grotesque envisagés par John Ruskin[19].


L’abolition des frontières


Les motifs carnavalesques diégétiques irriguent formellement le cinéma de Jackson, entraînant des effets de contamination (inhérent à la nature grotesque de son matériel) affectant la réalisation. Le paradigme insulaire noté plus haut travaille ainsi l’appareil énonciatif des films; chaque plan, bien qu’inséré dans un enchaînement narratif inévitable, constitue dans le même temps une configuration quasi-autonome de par le primat accordé par Jackson à l’aspect monstratif de sa mise en scène. D’une certaine manière, on pourrait dire que chaque film de Jackson raconte toujours deux histoires, une histoire « officielle » véhiculée par la narration, et une histoire « officieuse » se déroulant à la surface de l’image, histoire expérimentale tendant vers l’abstraction plastique (le travail du cinéaste sur le gore en tant que matière poétique n’a d’égal que la geste d’un Lucio Fulci en Italie).

Pour Serge Daney, le moment maniériste du cinéma, c’est quand « il n’arrive plus rien aux humains, c’est à l’image que tout arrive »[20]. Peter Jackson constitue dès lors l’opposé absolu d’un cinéaste maniériste. En détournant la formule de Daney on pourrait dire que, dans les films de Jackson, tout arrive à l’image parce que tout arrive aux personnages. Ainsi, le « clou » du spectacle donné par la troupe de comédiens à la fin de Meet the Feebles est constitué par l’apparition du lapin vedette qui, arrivé au sommet d’une carotte géante, se met soudain à vomir abondamment sur ses comparses, remplissant le cadre jusqu’à saturation. Cette scène constitue une sorte de manifeste carnavalesque du cinéma de Jackson et révèle le modus operandi de son système figuratif : dans ce que l’on pourrait nommer la « trilogie grotesque » de Jackson, on ne quitte jamais le cadre sans l’avoir au préalable rempli, ou plutôt sans que les figures qui y pénètrent ne se soient littéralement vidées en lui. D’où l’importance accordée au motif du récipient dans lequel est évacué ce trop plein débordant les corps. Dans Bad Taste, c’est le verre qui recueille le sang d’un zombie, le crâne contenant la cervelle que mange Derek à l’aide d’une cuiller, et le bol où les zombies viennent vomir dans le final rabelaisien; c’est aussi la cave dans laquelle le héros de Brain Dead enferme les morts-vivants récalcitrants. Mais aucun récipient ne saurait suffire, car le système figuratif du cinéma de Jackson fonctionne sur le principe des poupées russes. Le corps même des zombies sert de récipient à un liquide qui ne demande qu’à s’épancher, à l’instar du fluide verdâtre jaillissant du corps en décomposition de la mère dans Brain Dead, dans la séquence se déroulant chez le médecin légiste.

En figurant l’espace souterrain des coulisses, espace orgiaque où sont tournés des films pornographiques, Meet the Feebles constitue une fascinante réflexion sur le fonctionnement festif du cinéma de Jackson. Le monde en apparence lisse et « sérieux » où les « Feebles » se donnent en spectacle se tisse d’une doublure carnavalesque, véritable négatif (au sens filmique du terme) du monde de la surface. Mais la frontière en apparence étanche entre les coulisses (espace carnavalesque) et la scène est brouillée, l’énergie carnavalesque dépensée de façon souterraine remontant progressivement à la surface pour infecter tout le film qui adopte rapidement la forme hyperbolique et excessive caractérisant le mode pornographique.

En sollicitant le dégoût et la fascination du spectateur, le cinéma de Jackson envisage le corps de ce dernier comme prolongement organique d’un corps filmique travaillé par l’abject. A travers ce relais, le cinéma de Jackson mine la frontière entre spectacle et spectateur, retrouvant par là l’une des caractéristiques majeures du carnaval. Comme l’explique Bakhtine,

Le carnaval ignore toute distinction entre acteurs et spectateurs. Il ignore aussi la rampe, même sous sa forme embryonnaire. Car la rampe aurait détruit le carnaval (et inversement, la destruction de la rampe aurait détruit le spectacle théâtral). Les spectateurs n’assistent pas au carnaval, ils le vivent tous, parce que, de par son idée même, il est fait pour l’ensemble du peuple. […] Pendant toute la durée du carnaval, personne ne connaît d’autre vie que celle du carnaval. Impossible d’y échapper, le carnaval n’a aucune frontière spatiale[21].



Répression coloniale et tabula rasa


Barbara Creed a montré comment les films de Peter Jackson dénonçaient à leur manière les mesures répressives exercées par l’Empire britannique sur les colonies néo-zélandaises[22]. Cet écroulement des limites et ces débordements abjects qui provoquent le pourrissement de l’univers ordonné des banlieues (microcosme bourgeois) dans la « trilogie grotesque » de Jackson ne seraient alors que le résultat logique d’un trop plein de limites, comme une cocotte-minute explosant sous l’effet de la pression.

Ce lien entre répression coloniale et esthétique déliquescente est parfaitement illustré dans Brain Dead où la mère du protagoniste, qui habite une maison de style colonial, se transforme en un monstrueux zombie au contact d’un singe indigène. Peu de temps avant sa transformation elle demande à son fils d’entretenir la pelouse, c’est-à-dire d’assurer l’homogénéité et l’intégrité d’un espace préservé par une clôture. Sur un plan symbolique, une clôture délimite toujours une frontière entre une zone pure et une zone impure. Cette logique binaire se trouve subvertie à la fin du film lorsque le héros démembre des zombies à l’aide d’une tondeuse à gazon, transformant un espace « profane » en un espace abject et carnavalesque rempli de membres épars. Dans l’atmosphère du carnaval, écrit Bakhtine, « la liesse, les danses et la musique s’accordaient parfaitement avec l’abattage du bétail, les corps dépecés, les entrailles, les excréments et autres éléments du « bas » matériel et corporel »[23]. L’abject et, de façon plus générale, les schèmes carnavalesques, participent dans cette perspective d’une stratégie plastique et politique visant à résister aux phénomènes de clôture caractérisant l’esthétique bourgeoise[24].

Dans les premiers films de Jackson, la mère incarne toujours l’héritage biologique et culturel qu’il faut liquider pour envisager l’avenir. Bad Taste démarre de manière très significative par un gros plan sur un portrait de Victoria, la « reine mère » de l’Empire britannique. La mère de Brain Dead est un monstre psychologique et physiologique. Exploitation fictionnelle d’un fait divers ayant défrayé la chronique néo-zélandaise, Heavenly Creatures raconte un matricide. L’obsession du cinéaste pour cette thématique est révélatrice et sous-tend un projet que l’on devine mythique. Avoir une mère, c’est venir inévitablement après, position à laquelle se refusent les personnages des films de Jackson. Opérer un matricide, acte d’une portée symbolique immense, c’est annuler la secondarité (la descendance biologique) et se replacer à l’origine, c’est-à-dire dans le temps fabuleux des « commencements » dont parle Eliade.

Le motif du matricide permet d’éclairer la fonction de la trilogie grotesque au sein de l’œuvre de Jackson. Encore faut-il avoir présent à l’esprit le mode opératoire de la fête, dont le carnaval est une manifestation majeure. La fête, rappelons-le, fonctionne en deux phases, une phase eschatologique mettant en scène la destruction du monde et une phase de régénération (phase mythique) [25]. Dans le régime festif du cinéma de Peter Jackson, la « trilogie grotesque » correspond à la phase chaotique, préparant le terrain pour les films à venir qui eux, on l’a vu, se chargeront de recréer un monde mythique. Gigantesque entreprise de liquidation, la trilogie se charge de régler la question de la table rase en convoquant une esthétique chaotique ayant pour objectif d’anéantir les résidus pourrissants du passé colonial de la Nouvelle-Zélande. Avec un peu de recul, l’œuvre de Jackson prend des allures de batterie géante que l’on aurait d’abord vidée entièrement (la trilogie grotesque) pour mieux la recharger par la suite (les films racontant des histoires « mythiques » et se chargeant de repeupler ce monde).

Faire table rase permet à Jackson de sortir - symboliquement - de cette Histoire honteuse dont les personnages portent les stigmates physiques, de l’annuler, c’est-à-dire de réparer les erreurs de l’Histoire. Mais pour être totalement efficace et signifiante, pour ré-instaurer du sens, cette esthétique apocalyptique doit avoir une valeur « sacrée », et pour cela doit entrer en résonance avec les puissances originelles du mythe. Or, les figures hyperboliques et festives convoquées par Jackson dans sa trilogie carnavalesque sont loin d’être « profanes » et insignifiantes ; elles se font en effet le véhicule des formes mythiques du cinéma des origines.



Le cinéma des origines : matrice et modèle mythique


Si les références génériques explicites du cinéma de Jackson sont à chercher du côté du burlesque (les acrobaties du nourrisson monstrueux de Brain Dead renvoient directement aux péripéties des Three Stooges et de Buster Keaton), en revanche ses racines souterraines vont puiser chez les cinéastes des premiers temps, en particulier dans l’œuvre matricielle de George Méliès, dont l’art « primitif, à mi-chemin de la magie, porte en gestation le devenir de toutes les formes »[26]. « Sans ancêtres, écrivent Olivier Joyard et Jean-Marc Lalanne, donc sans pression venue de l’histoire des formes, producteur et créateur de ses produits, Méliès a eu le privilège d’être à la fois une avant-garde et un centre à lui-seul »[27]. De par sa place primordiale dans l’Histoire du cinéma - Histoire qu’il a contribué à initier - Méliès apparaît bien comme le démiurge fondateur, l’ancêtre mythique à l’origine de la plupart des formes cinématographiques. La matière informelle et « magique » de son œuvre (rappelons que Méliès était au départ un magicien/prestidigitateur) évoque le temps mythique des origines, ce « lieu idéal des métamorphoses et des miracles » dont parle Eliade : « Rien n’était encore stabilisé, aucune règle encore édictée, aucune forme encore fixée. Ce qui, depuis lors, est devenu impossible était encore faisable. Les objets se déplaçaient d’eux-mêmes, les canots volaient par les airs, les hommes se transformaient en animaux et inversement. Ils changeaient de peau au lieu de vieillir et de mourir. L’univers entier était plastique et fluide et inépuisable »[28]. L’analogie entre la fluidité plastique de l’espace mythique et les formes du cinéma de Méliès est frappante. Pour Stéphane Delorme, « Méliès est moins proche historiquement de Jules Vernes que du monde en perpétuelle métamorphose de Lewis Carrol. Les objets sont animés, l’espace se dérobe, la taille n’est jamais acquise » [29]. Le critique souligne également la dimension démiurgique de l’auteur qui crée de la « matière cinématographique » à partir de rien, comme par enchantement : « Quels sont les effets d’apparition, les trucs, les clous dont raffole notre diable ? Il y a d’abord l’apparition pure et simple qui peut prendre deux formes : ou bien la substitution brutale d’un corps à un autre […] ou bien la naissance ex-nihilo, auquel cas le plus grand nombre d’objets peut surgir d’un espace exigu, chapeau ou « carton fantastique » » [30]. Cette notion de création « ex-nihilo » rappelle la définition du mythe placée en exergue de notre travail.

Si l’on accepte le postulat théorique faisant de Méliès l’équivalent cinématographique des Etres Surnaturels des mythes d’origine, on comprend à quel point son œuvre a pu constituer une référence mythique pour l’oeuvre de Jackson, un modèle « sacré » avec lequel les films du cinéaste dialoguent à travers une transfusion de motifs et de configurations spectaculaires. Le cinéma de Jackson partage avec celui de Méliès ce désir proprement démiurgique de remplir le cadre jusqu’à saturation, comme dans Le Locataire diabolique, où un espace vide se remplit au fur et à mesure que le personnage déballe divers objets d’une malle proprement inépuisable. Analogue à cette dernière, l’œuvre originelle de Méliès constitue un réservoir de formes installé en amont du cinéma de fiction, réservoir dans lequel beaucoup puiseront sans jamais l’épuiser. Parmi ces formes se trouvent celles qui devaient irriguer le film d’horreur américain des années 70-80, le gore et le splatter, et qui constituent l’essence même de l’esthétique des premiers films de Jackson.



Le gore comme transfusion mythique


Si Méliès ne peut être qualifié d’ancêtre du gore que dans un sens très large[31], en revanche il peut-être légitimement crédité comme inventeur de l’effet splatter[32]. “To splatter” signifie « éclater », « gicler », « exploser », et traduit l’idée d’un mouvement violent, rendant compte d’un phénomène de projection et d’éclaboussement. Bien qu’elle ait été régulièrement mobilisée par les tenants de la modernité cinématographique (voir Fury de Brian DePalma ou Scanners de David Cronenberg), la forme splatter n’est pas une forme moderne. Il s’agit, bien au contraire, d’une forme archaïque régulièrement exploitée par Méliès, entre autre dans L’homme à la tête de caoutchouc (1902) dont le protagoniste, qui détache sa tête et la gonfle jusqu’ à ce qu’elle explose, annonce le personnage de Derek dans Bad Taste.

Là où le gore du cinéma américain des années 1970 est une matière dégénérescente, symptôme limpide d’un pays dont les fondations idéologiques sont en pleine déliquescence, le gore convoqué par Méliès et - corrélativement - celui de Jackson, est une matière carnavalesque, qui n’a pas pour but d’effrayer mais de faire rire. « Dans le prologue à l’explication de son fameux numéro Le Décapité récalcitrant, écrit Phillipe Rouyer, Méliès précise d’ailleurs qu’il a toujours veillé à rendre plus burlesques que terrifiantes les diverses mutilations physiques qu’il a mises en scène »[33]. Au delà de ses ressources comiques, le gore de Peter Jackson est donc moins le symptôme d’un épuisement générique (le film gore est souvent montré du doigt comme signalant la décadence du film d’horreur) que l’expression d’un désir de revenir à l’esthétique archaïque du cinéma primitif.

Cette répétition de formes archaïques installe le cinéma de Jackson dans un rapport mythique avec le cinéma des origines. Selon Mircea Eliade, dans les sociétés primitives on peut échapper à l’Histoire et corriger ses erreurs en répétant les mythes fondateurs :

[…] en récitant ou en célébrant le mythe de l’origine, on se laisse imprégner de l’atmosphère sacrée dans laquelle se sont déroulés ces événements miraculeux. Le temps mythique des origines est un temps « fort », parce qu’il a été transfiguré par la présence active, créatrice des Etres Surnaturels. En récitant les mythes on réintègre ce temps fabuleux et, par conséquent, on devient en quelque sorte « contemporain » des évènements évoqués, on partage la présence des Dieux ou des Héros[34].

Si pour les sociétés primitives, il s’agit de réintégrer le temps fabuleux des origines, dans le cas de Jackson il s’agit de parcourir à rebours l’Histoire du cinéma jusqu’à atteindre une forme originelle, première. Le projet plastique des premiers films de Jackson tient dans ce désir de remplacer une ascendance biologique et culturelle (impériale et colonisatrice) par une ascendance filmique formelle. Ce projet vient justifier certains choix de mise en scène, d’articulation narrative ou de ponctuation qui peuvent paraître au premier abord naïfs ou gratuits. Héritage de la syntaxe du cinéma muet, l’iris est ainsi utilisé comme marque de clôture dans Bad Taste. « L’utilisation d’un procédé narratif aussi obsolète, écrit Michel Etcheverry, s’explique par le désir de revenir aux possibles d’un cinéma des origines : le muet est perçu non seulement comme la source de toute forme d’expression cinématographique, mais également comme une forme de mythe originel auquel on ne cesse de se référer »[35].



Le mythe de l’éternel retour


Selon Mircea Eliade, « Ne sont « profanes » que les activités qui n’ont pas de signification mythique, c’est-à-dire qui manquent de modèles exemplaires »[36]. En convoquant des formes cinématographiques archaïques, le cinéma de Jackson s’inscrit dans un réseau mythique. Au moment où le cinéma de genre plonge massivement dans des stratégies parodiques (le maniérisme et plus généralement, le post-modernisme, modes éminemment nostalgiques), le cinéma de Peter Jackson revient aux formes des premiers récits racontés par les grands anciens (Méliès, Buster Keaton, etc.) dont les actes fondateurs se déroulaient in illo tempore (Elliade). Le cinéma de Jackson est habité par une mentalité archaïque, en cela qu’elle est soumise à la nécessité d’un éternel retour des formes filmiques originelles :

Au niveau des civilisations « primitives », tout ce que l’homme a fait a son modèle transhumain ; même en dehors du Temps « festif », ses gestes imitent les modèles exemplaires fixés par les dieux et les Ancêtres mythiques. Mais cette imitation risque de devenir de moins en moins correcte ; le modèle risque d’être défiguré ou même oublié. Les réactualisations périodiques des gestes divins, les fêtes religieuses, sont là pour réapprendre aux humains la sacralité des modèles[37] .

Comme pour les sociétés primitives, la répétition des modèles mythiques permet à Jackson de « remettre les compteurs à zéro ». Revenir à Méliès consiste à revenir au bon modèle qui détient l’essence et la vérité du cinéma.

Ce processus de retour à l’origine est illustré sur un plan diégétique par l’omniprésence de scènes de régression in utero. Dans Bad Taste, Derek se fraie un chemin à travers le corps d’un alien et s’en extraie, dans une séquence de résurrection particulièrement gore. Au terme de son parcours régressif, il s’exclame : « Je suis né à nouveau ». A la fin de Brain Dead, le ventre gargantuesque de la mère s’entrouvre pour dévorer le héros, séquence qui, au sein du projet mytho-poétique du cinéma de Jackson, prend des résonances symboliques évidentes. On l’a vu, le programme du réalisateur consiste, dans ses premiers films, à liquider la mère symbolique dont le corps purulent constitue une métonymie de l’empire britannique dégénérescent, et à retrouver la véritable matrice, le réceptacle mythique constitué par le cinéma des origines. On trouve donc dans Bad Taste et Brain Dead une opposition entre « mauvaise » mère (la reine Victoria) et « bonne » mère (la matrice formelle constituée par les films des cinéastes « primitifs », Méliès en tête). Le retour au cinéma archaïque de Méliès équivaut à un retour dans le ventre symbolique de la matrice, univers fluide du mythe où rien n’était encore formé. « Le cinéma, écrit Edgar Morin, est comme une sorte de grande matrice archétypique, qui contient en puissance embryogénétique toutes les visions du monde. D’où son analogie avec la vision mère de l’humanité (conception archaïque du monde) ».[38]

Si Bad Taste, Meet the Feebles, et Brain Dead ne font effectivement allusion à aucun mythe (voir notre point de départ), c’est parce que le mythe dans les premiers films de Peter Jackson n’est pas véhiculé sur le mode de la référence diégétique mais sur le mode de la contamination formelle. Plutôt que de proposer un discours sur les mythes, ces films se présentent plus radicalement comme des films « néo-archaïques », comme on parle de « néo-gothique » ou de « néo-noir ». On pourrait appliquer au cinéma de Jackson la distinction que Nietzche établie entre le principe « apollinien » et le principe « dionysiaque »[39]. Si les derniers films de Jackson sont apolliniens (il s’agit de représenter diégétiquement un monde des origines), ses premiers sont dionysiaques (il s’agit de filmer le monde en retrouvant les techniques à l’origine du cinéma). Des films ivres, en somme.



Conclusion


En observant le projet mytho-poétique du cinéma de Peter Jackson, on ne peut s’empêcher de songer aux réflexions de Mircea Eliade devant le travail apocalyptique de certains peintres avant-gardistes :

En contemplant certaines œuvres récentes, on a l’impression que l’artiste a voulu faire tabula rasa de toute l’histoire de la peinture. C’est plus qu’une destruction, c’est une régression au Chaos, à une sorte de massa confusa primordiale. Et pourtant, devant de telles œuvres, on devine que l’artiste est à la recherche de quelque chose qu’il n’a pas encore exprimé. Il lui fallait réduire au néant les ruines et les décombres accumulés par des révolutions plastiques précédentes ; il lui fallait arriver à une modalité germinale de la matière, afin de pouvoir recommencer à zéro l’histoire de l’art[40].

Après un retour au chaos aussi définitif que celui auquel nous convient les premiers films de Peter Jackson, tout paraît possible, même le recommencement. Car le chaos, Jackson le sait bien, n’est qu’une étape du mythe. Il ne restait plus au cinéaste démiurge qu’à remplir son cadre vide de figures fantastiques, et à bâtir l’univers archaïque qui abriterait le monstre ancestral de Skull Island, la cité perdue de Salomé, et les sombres forteresses de Mordor. C’est à cette tâche herculéenne qu’allait s’atteler le réalisateur de Lord of The Rings, trilogie « mythologique » qui résonne comme une réponse sublime à la question posée par les premiers films de Jackson : peut-on re-créer le monde ? De Méliès à Gandalf, d’un magicien l’autre, Peter Jackson, fidèle au souffle mythique présidant au devenir de son œuvre, fait dialoguer la modernité et l’origine, instaure des ponts entre les deux temporalités et, ce faisant, boucle la boucle.



Florent Christol

Novembre 2008



[1] Mad Movies n° 55, p. 42

[2] Afin d’être accepté dans l’ordre symbolique, le sujet doit se différencier des autres corps en rejetant tout ce que la culture dans laquelle il est immergé perçoit comme sale, désordonné, ou antisocial. Ce processus est nommé abjection et toute la matière impure que le sujet rejette constitue l’abject. Kristeva développe sa théorie dans Pouvoirs de l’horreur : essai sur l’abjection, Essais Points, Ed. du Seuil, Paris, 1980.

[3] Mad Movies n° 55, p. 42.

[4] Michael Atkinson, “Hearthly Creatures,” Film Comment, volume 31, n° 3, Mai/Juin 1995.

[5] Mircea Eliade, Aspects du mythe, Gallimard, Folio essais, 1963, p. 14.

[6] Id., p. 14.

[7] Mikhaïl Bakhtine, L’œuvre de François Rabelais et la culture populaire au moyen age et sous la renaissance, Tel Gallimard, Paris, 1970.

[8] Si l’horreur constitue l’un des pôles génériques manifestes du cinéma de Jackson, le burlesque en constitue son envers explicite, les deux genres se mêlant en un cocktail générique hybride et grotesque.

[9] Le topos de l’île est présent chez Jackson de manière littérale à travers le décor fourni par la Nouvelle Zélande où sont filmées ces fictions, de manière diégétique (l’île où les explorateurs découvrent le singe-rat au début de Brain Dead), mais aussi de manière métaphorique à travers des dispositifs scéniques isolant certains personnages (comme la scène de music-hall dans Meet the Feebles).

[10] Dans Bad Taste, un alien est démembré par une tronçonneuse. Au début de Brain Dead on ampute la main et le bras d’un explorateur mordu par un singe. Le final anthologique du film voit le héros bardé d’une tondeuse déchiqueter des hordes de zombies voraces.

[11] « Mr. Big » dans Meet the Feebles est une gueule géante vivant dans les profondeurs souterraines et dévorant tout ce qui tombe à sa portée.

[12] La mouche se nourrissant d’excrément dans Meet the Feebles.

[13] Le bébé mi-éléphant, mi-poule dans Meet the Feebles.

[14] La cartomancienne dans Brain Dead prédit l’avenir des protagonistes.

[15] La copulation frénétique du prête et de l’infirmière dans Brain Dead.

[16] Dans Bad Taste, le personnage interprété par Peter Jackson se fait un masque avec le visage d’un alien.

[17] « Le caractère ambivalent des excréments, leur lien avec la résurrection et la rénovation et son rôle particulier dans la victoire sur la peur apparaît ici très clairement. C’est la matière joyeuse. […] les excréments ont la valeur de quelque chose à mi-chemin entre la terre et la corps, quelque chose qui les apparente. Ils sont aussi quelque chose à mi-chemin entre le corps vivant et le corps mort en décomposition, qui se transforme en bonne terre, en engrais ; le corps donne les excréments à la terre pendant la vie ; les excréments fécondent la terre, comme le corps du mort », Bakhtine, op. cit., p. 178.

[18] Bakhtine, id., p. 30.

[19] « […] il me semble que le grotesque est, presque dans tous les cas, formé de deux éléments, l’un risible, l’autre effrayant ; que l’un des deux éléments prévale et le grotesque tend soit vers sa branche amusante, soit vers sa branche terrifiante ; mais il est difficile de l’envisager hors de ces deux dimensions car il n’y a guère de grotesque qui, à un certain degré, n’offre la combinaison des deux éléments », John Ruskin, cité par Denis Mellier, L’écriture de l’excès, fiction fantastique et poétique de la terreur, Honoré Champion, Paris, 1999, p. 238.

[20] Serge Daney, Ciné-Journal volume 1/1981-1982, Petite bibliothèque des Cahiers du cinéma, 1998, p. 181. Nous remercions vivement Michel Etcheverry de nous avoir indiqué cette référence.

[21] Bakhtine, op. cit, p. 15.

[22]Voir l’article de Barbara Creed « Bad Taste and antipodal inversion: Peter Jackson’s colonial suburbs » Postcolonial Studies: Culture, Politics, Economy, Volume 3, Number 1, 1 Routledge, April 2000 , pp. 61-68(8).

[23] Bakhtine, op. cit., p. 225

[24] Sur le rapport entre marques de cloisonnement et idéologie bourgeoise, voir Jack Morgan, The Biology of Horror : Gothic Literature and Film, Southern Illinois University Press, 2002.

[25] Voir Mircea Eliade, Le sacré et le profane, Folio Essais, Paris, 1965.

[26] Jean-Marie Sabatier, Les Classiques du cinéma fantastique, Balland, Paris, 1973, p. 266.

[27] « Cent ans de Méliès » par Olivier Joyard et Jean-Marc Lalanne, Les Cahiers du cinéma, n° 569, Juin 2002, p. 73.

[28] Roger Caillois, L’homme et le sacré, op. cit., p.137.

[29] « Le cinéma retrouvé : George Méliès ou l’apparition du cinéma », Stephane Delorme, Cahiers du cinéma, N°569, Juin 2002, p. 71.

[30] Id., p. 71.

[31] « Georges Méliès serait-il l’héritier du Grand-Guignol ? […] si le motif de la décapitation et de l’animation de têtes ou de membres disloqués revient de manière obsédante dans son œuvre (cf. Un homme de têtes, La Vengeance du gâte-sauce, Nouvelles Luttes extravagantes, Le Bourreau turc), tous ces prodiges sont réalisés dans la bonne humeur et sans effet grand-guignolesque », Phillipe Rouyer, Le cinéma gore, une esthétique du sang, Editions du Cerf, Paris, 1997, p. 24

[32] Terme créé par Kevin McCarthy dans Splatter Films, Breaking the Last Taboo on the Screen, New York, St Martin’s, 1984.

[33] Phillipe Rouyer, op. cit., p. 24.

[34] Eliade, Aspects du mythe, op. cit., p. 31-32

[35] Michel Etcheverry, « Le mort amoureux en son théâtre », in Dracula Stoker/Coppola, ed. Gilles Ménégaldo, Dominique Sipière, Ellipes, 2005, p. 306.

[36] Mircea Eliade, Le Mythe de l’éternel retour, Gallimard, Paris, 1969, p. 41. Nous soulignons

[37] Mircea Eliade, Le sacré et le profane, Folio Essais, Paris, 1965, p. 78.

[38] Edgar Morin, Le cinéma ou l’homme imaginaire, Les éditions de Minuit, Paris, 1950, p. 74.

[39] Fredrich Nieztche, Naissance de la tragédie, Folio Essais, Gallimard, Paris, 1977.

[40] Mircea Eliade, Aspects du Mythe, op. cit., p. 9.

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