dimanche 5 octobre 2008

Article : "L'espace potentiel du cinéma" par Thibaut Garcia


L'espace potentiel du cinéma


Faites une expérience : ne fréquentez plus les salles obscures pendant plusieurs mois. Mieux : allez dans un pays où la théorie du cinéma n’existe pas, ne s’enseigne pas dans les universités, où le cinéma est absent de la conversation de tous les jours, où aller voir des films est considéré tout au plus comme un passe-temps, où voir un film d’art et d’essai relève de l’exploit.

Puis, replongez-vous à l’improviste dans la lecture d’un article sur le cinéma. L’auteur vous parle d’un objet qui vous est déjà étranger, que vous avez déjà cessé de connaître : un objet protéiforme et insaisissable, fait de mythes, de doubles et de reflets. Il vous semble lire une langue que vous avez cessé de comprendre. À bien y réfléchir, votre incompréhension vient du fait qu’il n’y a, pensez-vous, rien de commun entre ce dont on vous parle et ce que vous pourriez voir ou entendre en allant regarder l’une des dix-huit superproductions hollywoodiennes projetées la même semaine dans le multiplexe de la capitale. Pourtant, les mots que vous venez de lire résonnent en vous d’une manière singulière, familière. Si ce n’était le langage savant, et s’il n’était question de cet énigmatique « cinéma », tout serait limpide, presque enfantin. Oui, enfantin est bien le mot qui convient, car vous vous rendez finalement compte que vous n’avez pas besoin de savoir ce qu’est le cinéma, ni de voir des films, pour comprendre ce que l’auteur a voulu dire ; que ce n’est pas de cinéma qu’il est question, mais d’une expérience naïve, archaïque, et pourtant fondamentale. Quelque chose que tout le monde connaît pour l’avoir déjà vécu, ou qui, sans être réellement vécu, serait la base, la matrice de tout vécu.

À force d’analogies entre le cinéma et l’imaginaire, il faudra bien que les théoriciens finissent un jour par reconnaître qu’il s’agit d’autre chose que d’une simple analogie, et que ce dont ils parlent n’est pas le cinéma, mais l’imaginaire. La preuve en est qu’ils peuvent évoquer et invoquer le cinéma en général, comme s’il s’agissait d’une idée platonicienne, d’une pure abstraction, en se dispensant, dans les cas les plus extrêmes, de se référer aux films, comme si le film n’était que l’avatar sous la forme duquel le cinéma se manifestait aux yeux du spectateur, comme si en fin de compte, le cinéma n’avait pas besoin du cinéma pour exister. Toujours est-il que leur imaginaire n’en a pas besoin, que le cinéma est tout au plus une illustration bien commode. Mais si leur discours nous parle, si leur imaginaire semble valoir pour l’imaginaire en général, ce n’est pas en vertu d’une quelconque « essence objective » du cinéma. C’est parce qu’en dépit de toutes les différences culturelles et de tous les accidents de la vie, il existe un noyau invariant de l’expérience humaine : le fait que nous sommes tous nés d’une mère, que nous avons tous fait l’expérience traumatisante de la naissance, ce brusque passage de l’univers clos et sécurisant de la vie intra-utérine, à un monde générateur d’angoisse et de frustration, un monde de la séparation qu’il va nous falloir apprendre à surmonter. Cela suffit à façonner en grande partie notre imaginaire, à lui conférer une dimension universelle et pour ainsi dire sacrée.

Ce qu’il est aujourd’hui convenu d’appeler l’esthétique du cinéma n’a rien d’une discipline qui permettrait de comprendre ce qu’est un film. C’est une métaphysique de l’imaginaire dont la genèse remonte aux origines de l’humanité, et qui s’apparente volontiers à la quête nostalgique du temps d’avant la naissance, d’avant la séparation, d’avant l’histoire. L’allégorie de la caverne de Platon résume à elle seule le dilemme de toute l’existence : rester esclave d’une illusion confortable, ou sortir à la lumière, quitte se faire mal aux yeux. Pour les théoriciens, le cinéma n’est jamais rien d’autre que ce qu’ils veulent bien y voir. Qu’il soit devenu sous leur plume la réalisation technique du mythe platonicien ne prouve qu’une chose : qu’ils auraient préféré, s’ils avaient eu le choix, rester dans la caverne plutôt que d’en sortir, que l’enjeu est de chercher au cinéma, moins l’image du réel que celle d’un fantasme, à moins que cela ne revienne au même et qu’il ne s’agisse justement, par l’image d’un réel décontextualisé, déconnecté de notre vie et de nos habitudes, de réaliser ce fantasme.

D’une part, le cinéma nous permettrait de renouer avec la pensée magique, cette illusion d’omnipotence entretenue, chez le nourrisson, par celle que la psychanalyse appelle « la mère suffisamment bonne », celle qui apparaît chaque fois que l’enfant manifeste son désir d’être nourri et apaisé. L’illusion d’un temps réversible, où coexistent le passé, le présent et le futur, où aucune perte n’est irrémédiable puisque tout est là, prêt à réapparaître pourvu qu’on le désire, est le propre de cette pensée magique qui ne cesse de hanter notre imaginaire sous la forme de réminiscences, et que le cinéma ne fait en réalité que refléter, matérialiser. Se rendre maître du temps, pouvoir en inverser, en arrêter ou en précipiter le cours, est un fantasme qui se confond avec l’origine. Mais en quoi des images qui n’obéissent qu’au bon vouloir de celui qui les a créées, et non à celui du spectateur, pourraient-elles être satisfaisantes pour ce dernier ?

D’autre part, le cinéma serait doté d’un pouvoir de révélation du réel : l’image de l’objet projetée sur l’écran serait en somme plus vraie que l’objet lui-même. Mais lorsqu’il s’agit d’expliquer cette transfiguration, les causes invoquées restent confuses et rattachées, là encore, de manière plus ou moins métaphorique, à une espèce de magie de l’apparaître, lorsque ce n’est pas à la grâce divine. Pourtant, les vraies causes ne sont-elles pas à chercher dans le mode de perception particulier qui est celui du spectateur ? La magie du cinéma ne vient-elle pas principalement du silence, de la passivité et de la contemplation requis pendant tout le temps de la projection et qui, outre l’aspect presque sacré qu’ils confèrent à ce rituel, rompent suffisamment avec nos habitudes pour être remarquables ? Manger à table et voir l’image d’une table n’est évidemment pas la même chose. Cet objet que nous n’appréhendions dans le premier cas que sous un angle purement utilitaire, sans y prêter d’autre attention que celle requise par les gestes du quotidien, nous le contemplons dans le second cas pour lui-même : le régime de l’image, en empêchant toute action du spectateur sur les objets représentés, suspend toute intentionnalité et semble lever le voile de nos habitudes sensori-motrices. Mais en allant au bout de cette logique, ne suffit-il pas de ne rien faire, de contempler notre petit monde, de nous laisser aller à une rêverie comparable à celles du promeneur solitaire de Rousseau, pour vivre une expérience similaire ? Et au nom de quoi décide-t-on que le réel seulement contemplé, que ce soit ou non sous forme d’images, est plus réel que celui que nous vivons au gré de nos activités quotidiennes ?

On le voit, les deux principaux rôles assignés au cinéma, mettre en scène la pensée magique ou révéler le réel tapi derrière les habitudes, impliquent deux attitudes opposées face aux images : d’une part, une perception égocentrique où le réel s’organise conformément à nos désirs, où le monde n’existe que pour nous permettre d’y agir à notre guise ; d’autre part, la mise en suspens de toute volonté d’action, l’effacement du sujet derrière l’objet contemplé. Pourtant, il faudrait se demander si ces deux aspects ne cessent pas d’être contradictoires dès lors que ce qui s’exprime à travers leur mise en exergue, et qui est commun à tous deux, est le fantasme du retour à l’indifférenciation entre le soi et le non-soi, entre la vie psychique et le monde objectif. Vouloir se laisser absorber par le tableau que l’on contemple, c’est en effet vouloir revenir à cette posture primitive du nourrisson pour qui ni le moi, ni le monde n’existent en tant que tels, et qui est précisément la condition de possibilité de la pensée magique. Or, l’état qui se rapproche le plus, chez l’adulte, de cette indifférenciation, est l’activité fantasmatique, cet état entre la veille et le rêve où, sans être à proprement parler inconscient, l’individu « n’est plus à ce qu’il fait ».

L’attrait du cinéma sur le plan de l’imaginaire, indépendamment du film regardé, fût-ce le pire des navets, ne vient pas du contenu des fantasmes qu’il peut éventuellement mettre en scène, mais du fait qu’il nous plonge d’emblée dans une pure activité fantasmatique qui, néanmoins, aurait pu exister sans lui, sous une autre forme. Ce qui se joue dans la salle de cinéma (mais aussi, tout aussi bien, devant le petit écran, dans certaines conditions), va bien au-delà du simple visionnage d’un film. Ce qui est virtuel, ce ne sont pas les photons, bien réels, quoique impalpables, qui viennent frapper l’écran avant d’atteindre notre rétine, c’est cet état intermédiaire, cette aire d’expérience par définition impossible à localiser, où les images du film se confondent avec nous-mêmes, où la question de savoir ce qui est perçu ou simplement imaginé perd toute signification, parce que nous sommes ce que les images et les sons représentent. Dans Jeu et réalité [1], Winnicott désigne cette aire sous le nom d’« espace potentiel », et ce type d’expériences sous le terme de « phénomènes transitionnels ». Le cinéma est, à part entière, un phénomène transitionnel, et l’espace de sa réception, un espace potentiel.


Thibaut Garcia

Docteur en cinéma

Université Paul Valéry - Montpellier III


Notes :

[1] Paris, Gallimard, 1975.

vendredi 15 août 2008

Analyse thématique : "Musique et modernité : Dionysos au cinéma" par Florent Christol

Musique et modernité : Dionysos au cinéma


Par Florent Christol


«Cela commença par de l’angoisse, de l’angoisse et de la volupté, et, mêlée à l’horreur, une curiosité de ce qui viendrait ensuite. La nuit régnait et ses sens étaient en éveil ; car venant du lointain on entendait s’approcher un tumulte, un fracas, un brouhaha fait d’un bruit de chaînes, de trompettes, de grondements sourds pareils au tonnerre, des cris aigus de la jubilation et d’un certain hurlement, de ululements avec des « ou » prolongés, le tout mêlé de chants de flûte, roucoulants et graves, voluptueux et éhontés, qui ne cessaient point, qui de leur horrible douceur dominaient le reste et libidineusement prenaient l’être aux entrailles. Mais il connaissait un mot obscur et qui pourtant désignait ce qui allait venir : « la divinité étrangère ! »

Thomas Mann, Mort à Venise

L’alliance entre musique et cinéma ne va pas de soi. L’image cinématographique (comme l’image en général) se déployant dans l’espace, a toujours eu pour fonction de préserver l’homme de la mort en dupliquant le réel, en déplaçant ailleurs (sur les parois d’une caverne, dans le cadre d’un tableau, sur une scène, sur un écran) ce qui se trouve ici. La prétention de l’image est de se croire au dessus des contingences du réel. La musique, se déployant dans le temps, est au contraire périssable. Elle a à peine commencé que déjà elle s’achève. La rejouer ne change rien à l’affaire : la musique ne vit que pour mourir, elle assume la part tragique de l’existence, et ce faisant, nous permet de mieux accepter celle-ci. Alors que notre société, tournée de plus en plus vers le culte du paraître et la préservation coûte que coûte de la jeunesse, rêve d’immortalité, la beauté de la musique réside peut être, de plus en plus, dans le fait qu’elle est passagère, qu’elle a un début et une fin, qu’elle est, en d’autres termes, mortelle. « L’homme est amoureux, et il aime ce qui est voué à disparaître. Qu’y a-t-il à ajouter ? » (W. B. Yeats). La musique présente, dans le sens de « rendre présent », là où l’image re-présente. Si la musique est moderne, c’est d’ailleurs bien dans sa faculté de rendre palpable ce présent qui finit par passer. Cependant, le présent auquel nous ramène irréductiblement toute musique n’est pas celui qui enferme et mène au désespoir mais celui qui, en nous faisant accepter le réel, nous permet par là même de le dépasser, connaissance tragique à laquelle Nietzsche était particulièrement sensible et à laquelle le Clément Rosset de L’objet singulier a consacré de belles pages.

En dépit de leurs différences irréductibles, image et musique ont pourtant souvent collaboré, générant par un mariage contre-nature une tension artistique insoupçonnée. L’art le plus sublime -les tragédies d’Eschyle, les opéras de Verdi, les films de Visconti ou de Pasolini- établie toujours un dialogue entre Apollon, le dieu solaire de l’apparence, du rêve, de la mesure, de l’image, et Dionysos, la « divinité étrangère », dieu du vin, du théâtre, de la fête, du renouveau saisonnier et des plaisirs de la vie, qui signale la venue d’un nouvel âge d’Or en s’incarnant à travers une musique qui proclame l’harmonie entre les hommes et la fin des asservissements. Surgissant du cœur des forêts profondes et des vallons endormis, il rétablit dans l’extase des bacchanales l’alliance qui lie l’homme à la nature. Car cette alliance est menacée, depuis que l’homme, désirant se délester d’un réel parfois insoutenable, enfante des images qui le mettraient à l’abri des coups du destin. La musique dionysiaque empêche les images de larguer totalement les amarres avec le réel en rappelant aux hommes leur propre finitude. Mais cet équilibre entre musique et image, entre fond et forme, est fragile, et, comme il se trouve toujours des "empêcheurs de vivre en rond", nombreux sont ceux qui, au cours des siècles ont cherché à tempérer, voire à censurer, les occurrences du dieu en refusant sa musique. Or, gare à ceux qui font la sourde oreille et entravent le passage de Dionysos: la violence de son retour est à la hauteur de son refoulement. C’est la mésaventure de Penthée, roi de Thèbes, dans Les Bacchantes d’Euripide, qui, pour avoir voulu interdire les bacchanales orgiaques se déroulant la nuit dans les forêts environnantes, est démembré et dévoré vivant par les sectateurs de Dionysos. Car il est également un dieu cruel et barbare, le dieu déchireur, le dieu du fragment et de la discontinuité. On l’appelle le « déchireur d’homme », le « mangeur de chair crue », et il n’est pas rare que des victimes humaines lui soient offertes en sacrifice… Le dieu le plus doux, le « délice des mortels », qui dispense l’ivresse et la joie, est donc aussi le plus sauvage, et le négliger, c’est prendre le risque de provoquer son courroux…

On pourrait appréhender ce que l’on a appelé la « modernité » cinématographique (grosso modo, la période des années soixante et soixante-dix) et les nouveaux rapports qui s’y tissent entre musique et image, à l’aune de la fable d’Euripide. Si depuis la Renaissance, la reproduction des images ne cesse de s’accélérer, le 20ème siècle pourrait être qualifié de siècle de l’image par excellence, annonçant par la multiplication des supports (télévision, internet…) un monde virtuel, narcissique, entièrement dédié à la duplication de ce monde (le titre du second épisode de la saga Star Wars, L’attaque des clones, est à ce sujet éloquent…). Le cinéma est apparu comme une étape essentielle de cette histoire. Comment le public de l’époque aurait-il pu résister au pouvoir de fascination de cette nouvelle machine qui reproduisait parfaitement le réel ? « …ce qui attira les premières foules, écrit Edgar Morin, ce ne fut pas une sortie d’usine, un train entrant en gare (il aurait suffi d’aller à la gare ou à l’usine) mais une image du train, une image de sortie d’usine. Ce n’était pas pour le réel mais pour l’image du réel que l’on se pressait aux portes du Salon Indien »[1]. Succédant au cinéma des premiers temps et amplifiant l’attrait spectaculaire du médium, le classicisme enfonce le clou : à Hollywood, comme en Europe, il est avant tout le règne des stars, c’est-à-dire le triomphe des apparences et des images. D’immenses compositeurs (Miklos Rosza, Alfred Newman, Max Steiner, Dimitri Tiomkin…) se plient au pouvoir de l’image, et sacrifient une partie de leur talent en offrande à ce nouveau dieu. Dans le cinéma classique, la musique est imagée, elle épouse les contours de l’image, souligne et accompagne les actions, elle est, essentiellement, illustrative et redondante ; Dionysos est enchaîné par Apollon.

Au lendemain de la Seconde Guerre, après Hiroshima, Nagasaki, et l’expérience concentrationnaire, le monde est en lambeaux, la temporalité classique épuisée, les corps en souffrance. Les représentations classiques sont, de toute évidence, obsolètes. Pour les artistes il s’agit de reconstituer le puzzle originel, celui d’avant la catastrophe, et de déchiffrer un réel opaque qui ne va plus de soit (ce sera, exemplairement, la quête de tous les personnages des films de Dario Argento). Temporalité cyclique, phénomènes paniques (le lynchage de Donald Sutherland à la fin du Jour du Fléau de Schlesinger), faux-raccords (Godard), violence apocalyptique (l’explosion à la fin de Zabriskie Point d’Antonioni), la modernité se place sous le signe d’un Dionysos sauvage et déchaîné avec lequel on ne peut discuter ; il préside à l’écroulement des représentations, des mythes, des discours convenus, et donne le tempo. Aux images de suivre et d’épouser son rythme effréné.

Si l’on pourrait définir la modernité cinématographique par sa tonalité « musicale », le cinéma d’Alain Resnais -le premier en France à prendre acte de l’obscénité des représentations classiques- apparaît comme éminemment moderne. Comme le remarque Alan Fleischer,

Resnais compose au sens pictural du terme et, au sens musical, il orchestre. Resnais a toujours refusé la musique de film uniquement ornementale, il a toujours assigné à la partition musicale une fonction dramaturgique égale à celle des dialogues ou de la lumière, dans une structure qui est d’ailleurs musicale dans son ensemble […]. Resnais a déclaré que, sans la musique, ses films seraient absolument boiteux, déséquilibrés, voire illisibles, incompréhensibles, inachevés. De L’Année dernière à Marienbad, Alain Resnais avait dit que c’était une comédie musicale sans chansons […] et, dès cette époque, il rêvait à un film où des parties chantées auraient pris le relais des dialogues. Alain Resnais s’est tourné vers des compositeurs contemporains comme Olivier Messiaen, Penderecki, Hans Werner Henze, Stephen Sondheim, Phillipe-Gérard, ou vers de grands auteurs de musique pour le cinéma comme Maurice Jarre, Antoine Duhamel ou Miklos Rosza, leur proposant à chaque fois tout autre chose qu’un habillage musical après coup : la participation à un projet où l’on pourrait aussi bien dire que ce sont les images qui sont composées pour la musique [2].

Comme en témoigne avec émotion Gaston Bounoure à propos d’Hiroshima mon amour, le pari de Resnais de créer un cinéma d’essence musical est réussi: « Les années ont passé : je n’ai pas perdu une seule occasion de revoir Hiroshima. Et il me semble aujourd’hui que je l’entends, beaucoup plus que je ne le vois. Mais je l’entends avec les yeux, comme je vois à l’oreille un oratorio de Haydn »[3]. Plus de quarante ans après, Resnais accomplit ainsi la prophétie, d’inspiration profondément dionysiaque, d’un autre géant du cinéma, Abel Gance : « Le Cinéma dotera l’homme d’un sens nouveau. Il écoutera par les yeux. Il sera sensible à la versification lumineuse comme il l’a été à la prosodie. Il verra s’entretenir les oiseaux et le vent. Un rail deviendra musique » (L’Art Cinématographique)[4].

La modernité délivre les images de leur carcan narratif pour les en-chanter, pactisant avec Dionysos pour composer avec lui d’incandescentes symphonies.


Florent Christol,

Professeur d’Anglais / Cinéma au Lycée de Lunel,

Doctorant.



[1] Edgar Morin, Le cinéma ou l’homme imaginaire. Paris : Editions de Minuit, 1956, p. 23.

[2] Alain Fleischer, L’art d’Alain Resnais, , Centre George Pompidou, 1998, p. 39-40.

[3] Gaston Bounoure, Alain Resnais, Cinéma d’aujourd’hui, Seghers, n° 69, 1962, p. 45.

[4] Cité par Marcel Oms dans Alain Resnais, Rivage/ Cinéma, 1988, p. 32.

mardi 24 juin 2008

[Publication] "George A. Romero. Un cinéma crépusculaire" sous la direction de Frank Lafond, sortie septembre 2008


MICHEL HOUDIARD EDITEUR
présente


GEORGE A. ROMERO
UN CINEMA CRÉPUSCULAIRE


sous la direction de Frank Lafond



En 1968, Rosemary’s Baby de Roman Polanski et La Nuit des morts vivants de George A. Romero ont bouleversé, chacun à leur manière, le paysage du cinéma fantastique. Or, si le travail du premier réalisateur a suscité bien des ouvrages critiques et universitaires, de telles faveurs n’ont pas été accordées au second. Sans doute (en partie) victime du succès que connurent cette production indépendante et sa suite directe, Zombie (1979), Romero s’est vu inéluctablement associé à la seule figure – certes importante – du mort-vivant.
Le Cinéma crépusculaire de George A. Romero se propose d’élargir cette vision réductrice en se consacrant à l’ensemble de la carrière du cinéaste de Pittsburgh. Après une présentation inédite de ses premiers films courts, chaque chapitre offre ainsi une lecture de l’un des quinze longs métrages qu’il a réalisés à ce jour, jusqu’au récent Diary of the Dead (2007). Ce parti pris permet d’éclairer des aspects mal connus de l’oeuvre de Romero, de s’arrêter sur des films peu – voire jamais – diffusés en France, sans négliger pour autant ceux qui lui valurent sa notoriété. Une dizaine de spécialistes, français comme étrangers, s’attachent à varier les angles d’approche et à dégager la cohérence d’une filmographie qui, non contente de refléter, sur quatre décennies, l’évolution de la société américaine, se réapproprie aussi l’univers des comic books, adapte des auteurs célèbres de la littérature fantastique, revitalise des figures mythiques, etc.

TABLE DES MATIÈRES

Introduction Frank Lafond

Avant La Nuit : les premiers films de George A. Romero
Peter Dowd

La Nuit des morts vivants (1968)
Philippe Met

There’s Always Vanilla (1970)
Tony Williams

Season of the Witch (1973)
Philippe Met

The Crazies (1973)
Reynold Humphries

Martin (1978)
Frank Lafond

Zombie (1979)
Reynold Humphries

Knightriders (1981)
Frank Lafond

Creepshow (1982)
Ian Conrich

Le Jour des morts vivants (1985)
Robin Wood

Incident de parcours (1988)
Ernest Mathijs

Deux yeux maléfiques (1990)
Gilles Menegaldo

La Part des ténèbres (1993)
Benjamin Thomas

Bruiser (2000)
Florent Christol

Land of the Dead (2005)
Benjamin Thomas

Diary of the Dead (2007)
Frank Lafond

Bibliographie


Docteur en études cinématographiques, Frank Lafond enseigne le cinéma à la FLSH de Lille. Il a dirigé Cauchemars américains (2003) et publié Jacques Tourneur, les figures de la peur (2007).

Pour plus d'informations et commander l'ouvrage : http://frank.lafond.free.fr/

jeudi 29 mai 2008

Journée d'étude : "La citation au cinéma" - Université Paul Valéry Montpellier 3 - 9 Juin 2008 - 9H - 17H30 - salle D04



Journée d'études : "La citation au cinéma"

Université Paul Valéry Montpellier 3 - 9 Juin 2008



Programme de la journée:

Lieu : Salle D04

9h15-9h30 : ouverture par Maxime Scheinfeigel, responsable du
programme « Actualité esthétique du cinéma et des arts
audiovisuels », Centre de recherches Représenter/Inventer la Réalité
du Romantisme à l’Aube du XXIème siècle (RIRRA 21)

9h30-10h15 : Félix Perez , « Les citations philosophiques dans
quelques films d’Eric Rohmer ».

10h15-10h45 Marie-Pierre Jaouan-Sanchez, « Typologie des
citations au cinéma ».

10h45-11h : débat
Pause

11h15-11h45 : Marion Poirson, « Le Christ mort de Mantegna, la
citation picturale au cinéma ».

11h45-12h15 : Céline Gailleurd, « Histoire(s) du cinéma: citations
picturales et conception du sacré. L’héritage du XIXème».

12h15-12h30 : débat
Repas

14h30-15h : Jean-Philippe Trias, « Les citations filmiques ».

15h-15h30: Loig Le Bihan, « My Own Private Idaho, oeuvre croisée,
oeuvre ouverte ? ».

15h30-15h45: débat
Pause

16h-16h30: Julien Achemchame, « A la surface des ténèbres, dans
les profondeurs du cinéma (Sombre, Grandrieux, L’Heure du loup,
Bergman) ».

16h30-17h30: Projections

A partir de 17h30: Apéritif et débat.


Cliquez sur les images pour voir le détail du programme

lundi 19 mai 2008

Article : Le chercheur en cinéma, cet animal étrange… par Thibaut Garcia - Université Paul Valéry Montpellier 3

Le chercheur en cinéma, cet animal étrange…

Par Thibaut Garcia

Près de quarante ans après la création de la première chaire de cinéma en France, encore peu de gens savent que le Septième Art s’enseigne dans les universités, et parmi eux, rares sont ceux qui ont la moindre idée du contenu de ces enseignements. La plupart des bacheliers qui s’inscrivent dans la filière universitaire « Cinéma » le font en parfaite méconnaissance de ce qui les attend, et en se berçant d’illusions vite dissipées, comme en témoigne le taux d’absentéisme et d’abandon après quelques semaines de cours. Quant à ceux qui trouvent un intérêt à cette formation et qui décident de rester, le statut, d’étudiants, puis de chercheurs en cinéma, est pour eux l’assurance de s’exposer à tous les malentendus chaque fois qu’ils tenteront d’expliquer à leurs proches sur quoi ils travaillent. On n’en finira jamais de gloser sur le paradoxe (au sens étymologique du terme : ce qui va contre la doxa) que constitue l’existence d’une filière cinéma à l’université. Il est difficile d’atténuer aux yeux du néophyte le contraste entre deux institutions que tout semble opposer : l’une généralement associée, dans l’imaginaire populaire, au divertissement, voire, dans le pire des cas, à la futilité du show-biz ; l’autre, guidée par l’exigence de sérieux, et souvent perçue comme rigide.

Mais une telle contradiction apparente et son corollaire, une certaine incompréhension, certes bienveillante, du « grand public » à l’endroit de notre chercheur en cinéma, seraient plutôt une chance pour ce dernier, une incitation permanente à ne pas se prendre trop au sérieux (même s’il peut l’être), la possibilité concrète d’une perpétuelle remise en question, préalable à toute démarche scientifique. Un questionnement d’autant plus justifié, et d’autant plus inévitable, dans le cas de la théorie du cinéma qui, à l’inverse des sciences dures ou des sciences humaines, ne s’organise pas autour d’un ensemble de règles, d’axiomes théoriques, de protocoles expérimentaux, de méthodes de recherche, mais autour d’un unique objet d’études qui confère à la discipline son unité supposée, en dépit du fait que la définition de cet objet puisse varier considérablement selon l’aspect étudié et le type d’approche choisi : le cinéma est-il un dispositif technique d’enregistrement photographique ? une projection d’images bidimensionnelles en mouvement, éventuellement sonorisées ? une forme de récit au moyen d’une succession de séquences filmiques ? une institution ?

Quoi qu’il en soit, pour le chercheur en cinéma, essayer de définir son objet d’études, c’est en même temps s’interroger sur la nature et sur les fondements de sa discipline, donc sur sa propre identité de chercheur et sur sa place dans la société. Ceci explique en partie (bien sûr, en partie seulement) la propension de notre théoricien à s’enflammer pour des questions qui peuvent paraître secondaires, l’énergie déployée pour défendre, voire pour imposer, sa propre idée du cinéma et de sa théorie, y compris lorsque cette idée est éminemment subjective. On peut même aller jusqu’à supposer que le désir de reconnaissance sociale, la volonté d’une poignée de cinéphiles d’accéder au monde très fermé de l’enseignement supérieur, joua un rôle décisif dans la création d’une telle discipline universitaire réduite à son objet d’études, une discipline dont il ne faut pas oublier qu’elle fit son entrée à l’Université en même temps que les arts plastiques, après Mai 68, dans un contexte à la fois libertaire et particulièrement troublé.

La théorie du cinéma ne se caractérise pas par l’originalité ou la spécificité de ses outils et de ses méthodes de recherche, ce qui justifierait une conception « disciplinaire » de son enseignement, mais au contraire, par la diversité de ses emprunts théoriques aux disciplines déjà existantes : histoire, sociologie, philosophie, psychanalyse, linguistique, etc. Par ailleurs, en tant que discipline universitaire, elle ne vise pas spécialement à combler une lacune dans l’enseignement et la recherche, puisque rien n’a jamais empêché des psychologues, sociologues, historiens, philosophes et autres « non-spécialistes » du septième art d’étudier le cinéma du point de vue de leurs disciplines respectives, et que beaucoup s’y sont essayés avec bonheur.

Le chercheur en cinéma revendique d’autant plus son identité que celle-ci semble manquer d’assises théoriques. Pour lui, la défense de sa discipline est une affaire personnelle, parler de son objet d’études revient à parler de lui-même, d’où une certaine « dérive ontologique », une tendance idiosyncrasique à voir un peu vite dans ses films préférés la quintessence de l’art cinématographique. Dire que le cinéma est ceci ou cela lui permet d’affirmer : « Je suis, j’existe en tant que chercheur ». D’où également un désir d’auto-légitimation intellectuelle qui le pousse à présenter le cinéma comme un objet à part dont les autres disciplines ne sauraient appréhender la spécificité, la singularité, un objet qu’il aura par conséquent envie de valoriser en privilégiant l’étude des œuvres déjà valorisées socialement, c’est-à-dire perçues comme élitaires, films d’auteur et cinéma expérimental se disputant la vedette au palmarès des goûts cinématographiques affichés par les étudiants et les chercheurs, au détriment de sujets plus « difficiles », moins « artistiques » mais parfois tout aussi intéressants, laissés en pâture aux cultural studies et autres disciplines d’origine anglo-saxonne. C’est alors que la théorie du cinéma trahit le plus ses faiblesses, puisqu’en amalgamant discipline et objet d’études, elle rend relativement inconcevable l’idée que l’on puisse mener une réflexion sérieuse sur de « mauvais objets ». Ainsi, le paradoxe du chercheur en cinéma se révèle découler de contradictions plus profondes, structurelles, épistémologiques.

Lorsqu’en 1958, André Bazin publia son incontournable recueil Qu’est-ce que le cinéma ?, il posait de manière distanciée une question qui hante la théorie du Septième Art depuis ses origines, mais à laquelle il avait la prudence de ne pas répondre. En effet, s’il s’agit d’une question que le théoricien du cinéma ne peut éviter de se poser, il existe deux manières radicalement différentes d’aborder le problème soulevé. Soit on demeure convaincu que cette question appelle une réponse en termes de « spécificité cinématographique », soit on considère que cette spécificité, si elle existe, relève de l’anecdotique.

Dans le premier cas, on transcende la diversité de la production cinématographique mondiale de toutes les époques par l’unité du concept de cinéma, ce qui implique de se demander sur quoi repose cette unité. Or, qu’elle se décline en termes esthétiques ou narratologiques, la réponse consiste généralement à mettre en avant le dispositif ou un ensemble de procédés techniques (dont l’hégémonie est en outre de plus en plus mise en crise par les nouvelles technologies), ce qui revient, si l’on pousse cette logique jusqu’au bout, à appliquer fondamentalement la même « grille de lecture » à un film expérimental de Stan Brakhage et à La Grande Vadrouille, sous prétexte que tous deux utilisent comme support la pellicule argentique et sont destinés à être projetés sur de grands écrans de toile devant un public plus ou moins nombreux. À moins, bien sûr, de dénier purement et simplement l’appellation « cinéma » à tout ce qui s’écarte d’un style défini, auquel cas il ne s’agit plus pour les chercheurs de s’astreindre à la découverte d’une vérité relative mais de communier autour d’une même idée de ce que le cinéma devrait être.

Quant au second type d’approche, il consiste à envisager la question « Qu’est-ce que le cinéma ? » comme une remise en question de l’unité du concept. Cette question peut alors être reformulée ainsi : au-delà du fait qu’il existe un ensemble de pratiques et de productions socialement reconnues comme appartenant à un même univers qui est celui du cinéma, quels sont les points communs à toutes ces pratiques et à toutes ces productions, qui pourraient servir de socle à une seule et même théorie ? Au-delà du constat que le cinéma existe – le nier serait remettre en cause l’existence de la réalité dans son ensemble – comment le théoriser autrement que par un discours purement spéculatif et abstrait, ou en généralisant à outrance à partir de cas particuliers ? A contrario, peut-on encore parler de théorie lorsque l’étude du cinéma se résume à une juxtaposition d’approches parcellaires centrées sur telle œuvre, tel auteur, telle période, tel thème précis ? Où est le consensus théorique, le langage commun qui permet de juger « objectivement » les objets étudiés, si ce n’est dans leur appartenance à une culture partagée par la majorité des chercheurs ? Et dans ce cas, que vaut la théorie du cinéma dès lors qu’elle outrepasse les frontières du microcosme universitaire ?

Certes, la plupart de ces questions pourraient être posées à propos de n’importe quel concept ou de n’importe quelle théorie. Il n’en reste pas moins qu’elles méritent d’être posées, et que faute d’atteindre une mythique objectivité, une théorie qui aspire à une certaine rigueur intellectuelle ne doit pas se cacher qu’au départ de tout projet de recherche, il y a les présupposés, les intentions, les aspirations des chercheurs. A fortiori, une théorie « artistique » où le jugement du chercheur ne semble orienté par rien d’autre que par ses goûts personnels, soulève le problème de sa culture de référence, une culture dont il serait judicieux, toujours dans un souci de rigueur intellectuelle, de faire la critique avant de se lancer dans celle des films.

Or, le concept de cinéma est-il le plus approprié pour rendre compte de ce qui fait la spécificité de telle ou telle culture ? Sans doute pas.

D’abord, parce qu’il y a de toute évidence beaucoup plus de points communs entre un film de Marguerite Duras et le livre dont il est adapté, qu’entre ce même film et Terminator.

Ensuite, parce que ce que la plupart des chercheurs appellent « le cinéma » est en réalité un cinéma particulier, le cinéma dit « d’auteur », terme générique d’inspiration éminemment littéraire qui, au-delà de la diversité des styles qu’il recouvre, constitue à lui seul un présupposé : l’idée qu’un film tire sa valeur artistique du point de vue, de la sensibilité propres à un individu, plutôt que de l’universalité de son propos[1], et que l’analyse doit donc privilégier l’originalité de l’œuvre, ce qui la distingue des autres plutôt que ce qui la conditionne. L’auteur n’est considéré comme tel que parce que sa subjectivité est présumée toute-puissante, capable de plier à sa volonté aussi bien le travail d’une équipe que le réel représenté. La figure mythique du cinéaste-démiurge domine la théorie universitaire, et lorsque s’opèrent des rapprochements, des comparaisons entre plusieurs auteurs, c’est toujours sur la base d’une intersubjectivité ne mettant en scène que des individus isolés, leurs affinités, leurs goûts, leurs influences supposées, sans que soit évoquée l’appartenance à un groupe. Or, envisager l’histoire du cinéma comme un agglomérat de subjectivités reliées entre elles par une autre subjectivité qui est celle du chercheur – de quel autre moyen celui-ci dispose-t-il pour déterminer dans ces conditions les influences d’un cinéaste ? – contribue davantage à atomiser cet objet d’études en une constellation de singularités, de particularismes, qu’à en donner une vision globale et unitaire.

Si dans l’esprit du chercheur en cinéma, l’auteur est cet individu à l’esthétique et à la personnalité infiniment singulières dont les films, paradoxalement, nous disent quelque chose de ce fameux cinéma dont il faut prouver l’unité, la cohérence objective, une telle confusion entre le postulat de départ et l’objet d’étude (« J’étudie telle œuvre parce qu’elle vaut pour l’ensemble du cinéma ») ne peut que déboucher sur un type d’approche tautologique où le cinéma est appréhendé « au miroir du cinéma ». Une approche excellemment illustrée par les travaux de Gilles Deleuze dont on a suffisamment souligné la dimension « auteuriste » – le philosophe se livre, dans L’Image-mouvement et L’Image-temps, à un panégyrique presque exhaustif des cinéastes déjà encensés par la critique –, des travaux par ailleurs non dénués d’intérêt, mais où Narcisse finit par se noyer dans son propre reflet, les images ne renvoyant plus que les unes aux autres, en l’absence de tout réel de référence. Le principal inconvénient de cette logique « spéculaire », auto-réflexive, est en effet sa tendance à emprisonner le chercheur dans une sorte de jeu de miroirs théorique, empêchant tout véritable recul critique par rapport aux objets étudiés. Incapable d’observer son objet d’étude « de l’extérieur », notre théoricien ne saurait voir que :

1) ce qu’il appelle « le cinéma » n’est, comme nous l’avons déjà souligné, qu’un cinéma particulier, un cinéma d’auteur vis-à-vis duquel d’autres productions que l’on peut dire « populaires », « commerciales », « hollywoodiennes » ou autres, bien qu’étant partie intégrante du monde du cinéma, font office de mauvais objets ou de faire-valoir,

2) ce cinéma d’auteur ne se définit pas tant par ses paramètres objectifs que par l’idée que le chercheur se fait de ce qu’est un auteur : cette prééminence accordée à l’individu, à sa personnalité, qui explique que l’on puisse ranger dans la catégorie des auteurs aussi bien Yasujiro Ozu que Clint Eastwood, mais qui reste une conception particulière et subjective de la manière dont les films doivent être produits et regardés, une conception qui tend à exclure du champ artistique toute pratique collective, qu’il s’agisse du travail d’équipe des techniciens ou de la réception par le public, dans la mesure où elle réduit le visionnage d’un film au pur face-à-face entre un spectateur et l’univers d’un auteur. Une conception qui, lorsqu’on la généralise à l’ensemble de la création culturelle, conduit à reléguer dans le domaine quelque peu méprisé du folklore toute création collective ou anonyme : récits oraux, danses, chants traditionnels et autres éléments constitutifs de la « culture populaire », souvent caricaturée par les intellectuels.

Si la théorie du cinéma, dès lors qu’elle est conçue comme une discipline, un domaine réservé à quelques spécialistes, ne nous apprend finalement pas grand-chose sur l’objet qu’elle est censée étudier, elle nous apprend en revanche beaucoup sur la vision du monde de ceux qui la théorisent : une vision fortement marquée par la philosophie libérale des Lumières dans la mesure où elle place l’individu (l’auteur, le spectateur, le théoricien) au centre de tout, une vision par conséquent ethnocentrique, puisque caractéristique des sociétés occidentales et à l’opposé du modèle social « holiste » où l’homme se définit par son appartenance à un groupe.

Pour Lucien Goldmann, la notion de vision du monde[2] est le seul instrument théorique objectif qui permette de mettre en évidence la cohérence d’une œuvre et d’opérer des rapprochements entre plusieurs auteurs. La vision du monde est le « maximum de conscience possible » d’une classe sociale, c’est-à-dire sa capacité à saisir dans sa totalité le fonctionnement de la société, selon les valeurs et les intérêts qui sont les siens. Dans la perspective marxiste qui est celle de Goldmann, parler de l’objectivité de ce concept, c’est reconnaître qu’au sein d’une société capitaliste où tous les aspects de la vie sont réifiés, aliénés, objectivés, le travail transformé en marchandise, le temps découpé en tranches horaires, l’humanité divisée entre les possesseurs des moyens de production et ceux qui travaillent à la production, les intérêts conflictuels des uns et des autres déterminent leur manière d’être au monde. Comme l’a démontré Jean Piaget dans son épistémologie génétique[3], la pensée s’élabore en fonction d’une intentionnalité, d’un but à atteindre. Et comme l’histoire ne cesse de le prouver, ce but est, pour les classes dominantes, la conservation de leurs privilèges, et pour les classes dominées, à long terme, leur émancipation.

Le portrait que nous avons esquissé à grands traits pour décrire le chercheur en cinéma et ses principales postures théoriques nous amène à voir en lui l’héritier spirituel de deux élites intellectuelles éloignées dans le temps, mais dont la société contemporaine synthétise les préoccupations avec une redoutable efficacité :

1) la bourgeoisie des Lumières, individualiste et libérale, à qui l’on doit aussi bien la Révolution française et les droits de l’Homme que l’éloge de « l’intérêt bien compris », fondement et justification de tous les calculs égoïstes de l’ultra-libéralisme économique,

2) la bourgeoisie d’après-guerre à qui l’on doit Mai 68, les arts à l’université et la liberté de « jouir sans entraves », mais aussi la société de consommation, son asservissement à la logique d’un désir toujours inassouvi et l’appauvrissement culturel, moral et spirituel qui en découle.

Deux bourgeoisies dont la vision du monde s’est imposée au point de dominer progressivement la majeure partie du monde. Une vision du monde libérale-libertaire aujourd’hui de plus en plus contestée sur la forme, mais qui reste fondamentalement le moule théorique dans lequel doit se fondre celui qui souhaite accéder à l’élite. Une vision du monde qui, outre l’importance accordée à la personnalité de l’auteur, et au-delà des débats « purement » cinématographiques, explique en grande partie :

- le goût pour une culture réifiée, fétichisée, fondée sur le culte de l’objet unique et cantonnée à l’espace des musées : dans L’œil interminable, Jacques Aumont prône le modèle pictural comme parade à la « vulgarisation » des images à l’époque de leur reproductibilité technique.

- l’importance accordée à la jouissance esthétique, au plaisir des formes et des sens plutôt qu’à l’intelligibilité du contenu, les arts plastiques et la musique étant en passe de devenir, après la littérature, le modèle de référence permettant de jauger la qualité artistique des films (d’où l’engouement pour la picturalité des images chez Greenaway, le hiératisme du jeu des acteurs chez Paradjanov, la « musicalité » baroque du cinéma de Werner Schroeter…).

- l’idée selon laquelle l’innovation artistique ne peut être fondée que sur la subversion de toutes les structures telles que la narration, le montage, l’harmonie visuelle ou sonore, etc. Une conception « libertaire » de la création artistique qui conduit à valoriser une esthétique de l’inachèvement, de l’éclectisme et de la discordance, que ce soit par l’éloge de l’art contemporain, de la musique concrète ou d’un cinéma du « faux-raccord » incarné aussi bien par Jean Vigo que par la Nouvelle Vague.

- et enfin, paradoxalement, une théorie éminemment « littéraire », logocentrique et ultra-spéculative (comme pouvait l’être la philosophie des Lumières), puisqu’il faut bien avoir quelque chose à dire, même si les œuvres étudiées sont censées parler directement à nos sens. D’où la contradiction inhérente à l’art contemporain dont la stratégie d’auto-légitimation culturelle repose sur une glose abondante destinée à nous expliquer à quel point les œuvres présentées échappent à toute explication.

Sur un plan strictement artistique, de telles prises de position en valent d’autres, l’art ignorant le critère de fonctionnalité. Elles ont en outre contribué à populariser d’authentiques artistes, et leur principal mérite dans le domaine qui nous occupe est d’avoir permis à l’écriture cinématographique de se libérer de ses carcans romanesques et dramatiques pour montrer que le cinéma ne se réduit pas à la narration, qu’il est capable d’autre chose.

En revanche, sur un plan théorique et idéologique, ces approches deviennent problématiques dès lors qu’elles tendent à leur tour à une hégémonie culturelle. Aujourd’hui, la tendance générale qui affecte la théorie du cinéma consiste à réduire le medium à une seule de ses dimensions, souvent par le biais de l’analogie (picturalité, musicalité…), et à reléguer dans l’ombre la majeure partie de la production : celle qui, sans être particulièrement innovante sur le plan esthétique, emploie tous les moyens à sa disposition (les fameuses « cinq matières de l’expression ») pour servir le sujet traité. C’est pourtant un art ô combien difficile que celui qui consiste à rendre la mise en scène « invisible » aux yeux du spectateur, tant la moindre maladresse peut détourner son attention et ruiner un effet ; un art dont on aurait tort de penser qu’il se limite à des compétences techniques, à des réflexes acquis, puisque la sensibilité et l’intelligence de celui qui les met en œuvre sont pour beaucoup dans la réussite d’un film.

Le paradigme actuellement dominant dans la théorie du cinéma est donc problématique dans la mesure où, ignorant la majeure partie de la production cinématographique, il ignore le réel. Un réel que le cinéma serait aujourd’hui coupable de vouloir continuer à représenter de manière à peu près cohérente et rationnelle, comme si la notion de « vision du monde » que nous venons d’évoquer était précisément le concept à bannir, à évacuer de la théorie. De sorte que même le réalisme cinématographique se cantonne désormais dans l’esprit des chercheurs à un réalisme du détail, de l’anecdote : savoir que Jean Gabin a conduit lui-même la locomotive pour le tournage de La Bête humaine est-il plus important que l’acuité du regard que Jean Renoir porte sur la société de son époque ?

Finalement, quel est le but, conscient ou inconscient, d’un tel réductionnisme, si ce n’est de nous faire croire qu’il n’existe pas d’autre alternative au formalisme-subjectivisme du cinéma d’auteur que les explosions, cascades et autres acrobaties de caméra du cinéma des effets spéciaux hollywoodien, genre-repoussoir pourtant pas si éloigné, par sa logique de la « sensation pure », des valeurs prônées par les partisans de la modernité artistique ?

Évidemment, ce débat aurait bien peu d’importance s’il ne s’agissait que de cinéma. Mais lui dénier cette importance serait oublier que le cinéma est un art, que l’art fait partie de la culture et que la culture est un aspect de la vie. Toute conception d’un art ou de l’art en général est donc aussi une conception de la vie. Or, le fossé qui se creuse chaque jour un peu plus entre les intellectuels et le peuple, ce fossé dont quelques penseurs commencent eux-mêmes à prendre conscience, prouve que deux visions du monde s’opposent aujourd’hui : celle qui consiste à appréhender l’art, la culture, la philosophie, comme des domaines séparés de la vie, isolés, protégés du monde extérieur, et celle qui consiste à les appréhender comme nécessairement liés à la vie. La première revient, pour l’intellectuel, à se replier sur lui-même et sur son microcosme, à avouer son impuissance face à un monde qu’il a renoncé à changer et en regard duquel sa théorie « tourne à vide ». La seconde vision du monde concerne tous ceux qui, quotidiennement confrontés à l’épreuve de réalité sous ses formes les plus brutales (précarité professionnelle, financière, familiale, psychologique…), attendent d’un intellectuel ou d’un artiste qu’il leur livre, à sa manière, du sens.

L’étudiant qui aura été confronté à ces deux visions du monde – à la première par sa formation, à la seconde par son milieu d’origine – aura toutes les chances (pour peu que l’Université ne l’ait pas rendu amnésique) de les confronter et de les faire se critiquer mutuellement pour en tirer le meilleur parti. Devenu chercheur, il pourra alors choisir son camp en toute connaissance de cause. Mais s’il veut aller jusqu’au bout de cette démarche critique, il ne pourra le faire qu’au prix de sa discipline, en s’aventurant sur des territoires théoriques si vastes et si exotiques, armé d’un bagage conceptuel si modeste, qu’il sera contraint à l’humilité, forcé d’admettre qu’en tant que spécialiste du cinéma, il n’est spécialiste de rien du tout.


Thibaut Garcia
Docteur en cinéma
Université Paul Valéry - Montpellier III



[1] Quant au cinéma expérimental, lui aussi très apprécié par les universitaires, s’il met en avant l’œuvre plutôt que l’auteur, il se contente dans la plupart des cas de rechercher cette universalité par l’abstraction formelle.

[2] Définie notamment dans Sciences humaines et philosophie, Paris, Denoël/Gonthier, 1966.

[3] Cf. L’Épistémologie génétique, Paris, PUF, coll. « Que sais-je », n° 1399, 2005.

lundi 5 mai 2008

Colloque: "L’Autre scène: travail du film et poétique du rêve" - Colloque international organisé les 16 et 17 mai 2008 - Université Paris X - Nanterre

L’Autre scène: travail du film et poétique du rêve

Colloque international organisé par Laurence Schifano et Marie Martin,

16 mai et 17 mai 2008,

Université Paris X-Nanterre,

Bâtiment K

Des saynètes de Méliès aux scènes de Fellini, Bergman et David Lynch, le rêve n’a cessé de hanter le cinéma en lui inspirant images, scénarios, modes de désarticulation du récit, et tout un bric à brac d’accessoires « oniriques ». La visée que propose le colloque « L’Autre scène » n’est ni historique ni même psychanalytique : il s’agit d’interroger, au plus près des films et de leurs auteurs-spectateurs-rêveurs, les motifs, les formes qui tendent vers l’onirisme et d’en apprécier les effets. De la confrontation avec le « casse-tête de l’onirisme » (Jacques Aumont), on attend que soient appréhendées les opérations de mise en scène, de mise en récit, d’effractions ou de détournement du sens, tout ce travail du film qui peut déterminer l’accès troublant à « l’Autre scène » et au poétique.

PROGRAMME

Vendredi 16 mai 2008 Bâtiment K

9h- 13h

« Dormir, rêver peut-être… » Présidence Christian Biet (Paris X, Institut Universitaire de France)

- Jacqueline Risset

L’ensommeillement. Entre littérature et cinéma

- Francis Vanoye (Paris X)

Rêver la vie, rêver des films : Rohmer et Resnais

Discussion

- Rose-Marie Godier (Paris X)

Le Grondement de la montagne – Hatsu Yume (Bill Viola, 1981)

- Lucilla Albano (Rome III)

Entre fantasme, hallucination et rêve (Hitchcock, Bergman, Haneke)

Discussion

14h30- 18h30

« Ut in somnis videatur imago » Présidence Jean-Loup Bourget (ENS Ulm)

- Gabriele Anaclerio (Rome III)

Le fantasme conscient : « une forme cinématographique » de rêve – Providence (Resnais, 1977) et La Lectrice (Deville, 1988)

- Julia Nussbaumer (Paris X)

Le rêve dans le conte merveilleux : d’autres scènes

- Marie Martin (Paris X)

Contamination onirique et circulation des motifs dans les récits de l’amour fou, de Nosferatu (Murnau, 1922) à Peter Ibbetson (Hathaway, 1935)

Discussion

- Marguerite Chabrol (Paris X)

Une route de Marienbad à Mulholland Drive ? L’onirisme cinématographique comme actualisation du son par l’image.

- Aurélie Ledoux (Paris I)

Les rêves en trompe-l’œil – Descendance de La Femme au portrait (Lang, 1944) dans le cinéma américain contemporain (Total Recall, Matrix, Vanilla Sky)

Discussion

Samedi 17 mai 2008 Bâtiment B

9h-12h

« Un matin, au sortir d'un rêve agité… » Présidence Alain Kleinberger (Paris X)

- Prosper Hillairet (Paris VIII)

Les retournements du rêve et du réel – Un Chien Andalou (Bunuel, 1929) et Mulholland Drive (Lynch, 2001)

- Diane Arnaud (Paris VII)

Rêve-mémoire dans le cinéma traumatique contemporain (Lynch, Van Sant, Araki…)

Discussion

- Anita Trivelli (Pescara)

La dimension onirique dans l’œuvre de Maya Deren

- Jean-Louis Libois (Caen)

Béla Tarr : de l’autre côté de « la fenêtre ouverte sur le monde »

Discussion

14h-18h

A travers le miroir Présidence Laurence Schifano (Paris X)

- Philippe Dubois (Paris III)

L’Ecran du rêve

- Giorgio De Vincenti (Rome III)

Puissances du rêve : l’exemple de Straub-Huillet

Discussion

- Emmanuelle André (Lyon II)

Le cinéma, un « rêve intense, réalisé objectivement »

- Emmanuel Siéty (Paris III)

Annonciations, Magie. Projection, Rêve : scènes primitives



mercredi 30 avril 2008

Colloque : "Photographes / Cinéastes - Amateurs d'images" - Université François-Rabelais de Tours - 29 et 30 Mai 2008

A l'Université François-Rabelais de Tours, les 29 et 30 Mai 2008, se déroule un colloque ayant pour thème "Photographes / Cinéastes - Amateurs d'images"

Conditions d’accès: Entrée libre dans la limite des places disponibles

Présentation
:

"La photographie et le cinéma amateurs sont dorénavant reconnus
comme une part importante du patrimoine culturel du XXe siècle :
des archives en France et à l’étranger collectent, conservent et
valorisent ces images produites hors des circuits professionnels.
Au cours de ces deux journées de colloque des chercheurs et des
conservateurs montreront, à partir de leurs expériences respectives,
comment ces images ou ces objets sont en train de modifier nos
regards – valorisation de l’intime et du privé – mais aussi nos savoirs
– représentations nouvelles des événements historiques et sociaux."

Le colloque a été conçu et organisé par Clément Chéroux et Valérie Vignaux (valerie.vignaux@univ-tours.fr)

Remerciements
Antoine Bordeau, Marie Croze, Guillaume Leveaux, Donatien Mazany,
Thierry Payen, Jocelyn Termeau

Service culturel de l’Université François-Rabelais de Tours :
Aain Frébault et Béatrice Boillot

UFR Lettres et Langues - Filière Arts du spectacle
Equipe de recherches EA 2115 - Histoire des représentations
Université François-Rabelais de Tours
3 rue des Tanneurs
37000 Tours

Programme détaillé :

jeudi 29 mai 2008 - VOIR LE MONDE EN IMAGES LES IMAGES AMATEURS COMME SOURCES D’HISTOIRE

Matin

9h30 Ouverture : Valérie Vignaux (Université François-Rabelais de Tours) :
images amateurs et histoire du cinéma

10h00 Ilsen About (Institut universitaire de Florence) : images du monde
ordinaire, la photographie amateur, une source pour l'histoire

10h30 Pause

11h00 Didier Mouchel (Pôle image de Haute Normandie) : archéologie du photoreportage
et histoire locale ou la photographie amateur au Havre

11h30 Christian Joschke (Université de Lyon 2) : miniaturisation, démultiplication,
appropriation - les amateurs et la culture artistique au tournant du siècle

12h00-12h45 discussion

Après-midi

IMAGES DE GUERRE

14h30 Florent Brayard (Centre Marc Bloch-Berlin) : albums de famille et banalité
du mal

15h00 Jean-Pierre Bertin-Maghit (Université de Bordeaux 3) : lettres filmées et
guerre d’Algérie

15h30 Marie Chominot (Université de Paris 8) : mise en perspective des
productions et pratiques de la photographie amateur au cours du conflit
algérien

16h00 Pause

IMAGES DE FAMILLE

16h30 Nora Mathys (Université de Bâle) : signes d’amitié dans la photographie
privée

17h00 Alain Esmery (Forum des images, Paris) : les films de famille

PRÉSENTATION DE COLLECTIONS D’IMAGES AMATEURS 1

17h30 Céline Duval (artiste et enseignante, École des Beaux-Arts de Caen) :
présentation et projection La documentation Céline Duval


vendredi 30 mai 2008 - FAIRE DES IMAGES UN MONDE LES AMATEURS DANS L’HISTOIRE DE L’ART

Matin

9h00 Clément Chéroux (Centre Pompidou, Paris) : esthétique amateur
et photographie

9h30 Nathalie Boulouch (Université de Rennes 2) : esthétique amateur
dans la photographie couleurs des années soixante

10h00 Vincent Vatrican (Archives audiovisuelles de Monaco) : valorisation des
images amateurs

10h30 Pause

PRÉSENTATION DE COLLECTIONS D’APPAREILS ET D’IMAGES AMATEURS 2

11h00 Laurent Mannoni (Cinémathèque française) : Histoire des techniques
amateurs

11h30 Xavier Martel et Marie Palleau (Musée de la photographie de Bièvre) :
le fonds amateur du Musée de la photographie de Bièvres

12h30-12h45 discussion

Après-Midi

PRÉSENTATION DE COLLECTIONS D’IMAGES AMATEURS 3

14h00 Serge Necker (Conservatoire régional de l’image de Nancy) : présentation
des fonds photographie et cinéma

14h30 Kim Timby (Musée Nicéphore Niépce, Châlon-sur-Saone) : présentation
de fonds amateurs

15h00 Pause

15h30 Gaël Naizet (Cinémathèque de Bretagne) : cinematheque-bretagne.fr : une
nouvelle forme de valorisation des images amateurs

PRÉSENTATION ET PROJECTION DE FILMS AMATEURS 4

16h00 Agnès Deleforge (Pôle image Haute-Normandie) et Jocelyn Termeau
(Centre Images) : Histoire versus Esthétique

17h30 Discussion et conclusion

lundi 14 avril 2008

Appel à contribution : So Multiples. Revue électronique en art contemporain, numéro 2

La Revue électronique So Multiples lance un appel à contribution pour son deuxième numéro.

La revue est spécialisée dans le champ du multiple et des autres éditions d'artistes contemporaines.

Les propositions peuvent prendre les formes suivantes :

• Des articles de fonds, des mélanges ou des mises au point de problèmes historiques ou esthétiques renouvelés par des travaux récents et des interviews inédits à différentes échelles spatiales et chronologiques (20 000 caractères espaces non compris recommandés).

• Des comptes rendus variés, ouverts non seulement aux ouvrages et catalogues récents mais aussi aux colloques, journées d'étude voire soutenances de thèse (environ 6000 caractères espaces non compris).

• Des sources sous la forme de textes ou d’images : celles-ci doivent être précédées de plusieurs paragraphes de présentation (environ 6000 caractères espaces non compris).

Elles doivent être accompagnées d'un court résumé en français (environ 1000 caractères espaces non compris), d’une courte notice biobibliographique et dotées d’une ou plusieurs illustrations et leur légende.

Les propositions concernant les différentes rubriques doivent être adressées avant le 31 mai 2008, pour la parution du deuxième numéro en septembre 2008, à :

Océane Delleaux
Revue So Multiples
9, rue Armand Carrel - BP 767
59034 Lille Cedex
so-multiples@orange.fr

Pour plus d'informations:

http://www.so-multiples.com/revue/appels.php


jeudi 10 avril 2008

Journée d'étude : Vendredi 11 avril à l'Université Paul Valéry de Montpellier / Autour des arts plastiques

Vendredi 11 avril 2008 à 14h
au BRED (Bâtiment de la recherche et des études doctorales)
Salle 203-204


L’ Institut de Socio-Critique de Montpellier propose deux communications
suivies de discussions :

Valérie Arrault
Maître de conférences en Arts Plastiques à l’Université Montpellier III


LA DISSOLUTION DU CORPS HUMAIN

Le mouvement historique qui transforme en profondeur l’art doit être
fondamentalement compris comme l’accomplissement logique du projet de
suppression des frontières qui le distinguaient du monde extérieur. En
particulier, aujourd’hui, les plus avancées des pratiques artistiques
sont motivées par l’esprit triomphant des techno-sciences libérales et
cette conjonction suscite une interrogation de la notion même
d’humanité. De ce fait, dans l’art actuel, se présentant comme les plus
ouvertes, les plus libres, les plus anti-dogmatiques, ces pratiques
dessinent un avenir remettant en cause les bases de nos sociétés.



Diane Watteau
Maître de conférences en Arts Plastiques à l’Université de Nîmes

LA BLANCHEUR DE MÉDUSE

Je vous propose un « joli trio » aux affres du « mourir ». Dans la
fresque du Jugement Dernier de Michel-Ange, il y a une forme curieuse
qui retient notre regard. Un homme porte une enveloppe de corps. La
dépouille du corps de St Barthélemy qui n'est rien d'autre qu'un
autoportrait de Michel-Ange. Plus loin, les portraits photographiques de
Picasso ainsi que ses autoportraits proposent pour visage le masque avec
des yeux qui valent pour tout. Plus loin encore, Marylène Negro fait de
sa vidéo « Ich sterbe » un requiem dans lequel l'image mouvante d'un
masque est devenue un « piège à âme ». L'oeil viendra à s'ouvrir dans le
gris, face à une Méduse indomptable.

lundi 7 avril 2008

Appel à communications : Figures mythique et imaginaires de l’espace méditerranéen

Figures mythique et imaginaires de l’espace méditerranéen
Colloque international organisé dans le cadre de la
chaire UNESCO « Cinéma et imaginaire(s) »,
par l’Université de Nice - Sophia Antipolis 20-21 novembre 2008

Dans la sélection des propositions, le comité
scientifique privilégiera les textes se situant de façon précise et pertinente
sur l’un des quatre axes de réflexion suivants :
1/ L’imaginaire au cinéma : approche par genres
Si la production cinématographique est
historiquement associée à une « industrie de l’imaginaire », les
mondes et les narrations qui naissent de son activité sont le fruit d’une
inspiration largement influencée par les mythes les plus profonds de
l’humanité. Les genres cinématographiques, en particulier, s’enracinent dans
des schémas narratologiques qui reposent, entre autres, sur des figures
mythiques. Les grands mythes fondateurs se sont transformés, adaptés à de
nouvelles formes narratives, à de nouveaux paysages, pour trouver une nouvelle
expression dans certains genres littéraires, puis cinématographiques. Cet
héritage propose une lecture particulière des genres dominants de l’industrie
cinématographique, passée et actuelle : comment expliquer ce besoin de
référents, d’histoires éternelles, et comment se manifestent ces résonances ?
Comment s’opère cette déclinaison par genres en termes narratologiques ? Quels
liens peuvent ainsi être établis en terme de structure scénaristique, de «
morale », d’archétypes de héros, d’adjuvants et d’opposants etc. ? Comment et
pourquoi certaines périodes de l’histoire du cinéma privilégient un retour à
ces genres précis ? Quelle signification contemporaine proposer à l’émergence,
implicite ou explicite, des mythes fondateurs dans les genres qui structurent
l’art cinématographique ?
2/ Déclinaisons du mythe à travers les
figures cinématographiques
Les grandes figures porteuses de la narration
cinématographique au cours de l’histoire se sont construites sur des archétypes
issus de la mythologie, lesquels ont été réélaborés au gré des évolutions
sociales, politiques et techniques. L’usage qui a été fait au cours du temps
des personnages de monstres, de diables, de justiciers etc. permet d’évaluer
l’ampleur de cette continuité dans les prototypes en matière de narratologie,
dont il convient de dégager l’essence et la réincarnation. Comment identifier
ces figures et leurs déclinaisons cinématographiques ? Quelles sont les grandes
figures oubliées ? Quelles fonctions et quel sens attribuer à cette
réminiscence en fonction des époques et des recompositions géopolitiques ?
Ainsi, appréhender la notion de géographie sacrée à travers un regard
fantastique signifie sans doute se demander en quoi tel territoire se distingue
des autres et, de la sorte, quel moment de son histoire apparaît comme le plus
emblématique. Le monde actuel tend vers une affligeante uniformité, le
passé offre une échappée vers des territoires portant des peuples fortement
différenciés.
3/ Nouveaux discours, nouvelles idéologies, nouvelles figures :
limites et espoirs
Les nouvelles technologies ouvrent-elles
aujourd’hui les frontières de l’imaginaire cinématographique ? Entre effets
numériques et images de synthèse, elles agissent aux différents stades de la
réalisation des effets spéciaux et du trucage, en donnant forme à des univers
inconcevables dans le cadre de notre réalité, en corrigeant des décors, en
donnant corps à des êtres irréels ou en transformant les caractéristiques de
certains acteurs. Que devient l’allusion aux mythes et à leurs figures
lorsqu’elle est confrontée à cette nouvelle forme de réification, d’incarnation
? Quels sont les enjeux qui y prévalent ? Il existe, par exemple, sans aucun doute,
des modèles et des stratégies économiques régissant le recours à ces nouvelles
technologies ; la première d’entre elles consistant à se créer, pour quelques
acteurs, un avantage concurrentiel basé sur la captation d’un genre dans la
sphère de production (« le film à effets spéciaux »…). Y a-t-il dès lors une
relecture des mythes à la lumière des nouvelles technologies ? Quelles en sont
les principales influences ? Ces nouvelles technologies accompagnent-elles un «
appauvrissement » de l’interprétation des mythes autour de quelques mythes
fondateurs, et/ou représentent-elles une véritable chance de relectures,
d’interprétations, d’adaptations et de découvertes ? Enfin, de la mise en image
de mondes imaginaires post-modernes naissent de nouveaux discours sur le sens
du progrès, sur l’essence de l’humanité, sur le retour aux racines etc. :
comment interpréter ces nouveaux paysages narratologiques ? Des liens
existent-ils avec les mythes fondateurs ? Quelle place reste t-il à l’Homme
dans l’interprétation de sa condition ?

4/ Cinéma ethnologique : les formes de l’imaginaire

« L’imaginaire n’a de force que quand il est croyance, norme de comportement, source de morale. » (GODELIER, 2002).

Dans le récit filmique, l’image et le son donnent à voir la gestuelle et à entendre les intonations des personnes impliquées dans des relations sociales. Leurs formes d’expression se donnent dans l’ordre du discours mais également dans des formes non discursives, dans une communication non verbale. Le film ethnographique est particulièrement apte à saisir des manifestations qui représentent des rapports sociaux matérialisant de l’imaginaire lors de cérémonies, rites, relations des hommes avec les dieux, les esprits, avec ce qui est invisible, ce qui peut être sous-jacent aux formes et aux figures du pouvoir. Les symboles qui traduisent l’imaginaire des membres d’une société peuvent ainsi être appropriés et transmis par le film de l’ethnologue avec la mise en image et en son, le montage, et véhiculés au sein d’un autre univers social et culturel.

Comment le récit filmique, placé à l’articulation de l’art et des sciences sociales, donne-t-il à penser sur cet imaginaire et les pratiques sociales qui le révèlent ? Comment le film ethnographique peut-il s’inscrire dans une muséologie en association avec la présentation d’objets qui sont investis d’une part de l’imaginaire présent chez les membres d’un groupe social ?

 
Les propositions doivent être adressées par courrier électronique, avant le 10 mai 2008, à :
Stefano.LEONCINI@unice.fr
 

CONSEILS POUR LA PRESENTATION DE LA DEMANDE D’INSCRIPTION

Nombre max. de signes : 1500 signes (précisant l’axe choisi) + éventuellement bibliographie indicative

Langues de travail : français, italien, anglais

Présentation de l’auteur : 200 signes max